The Suicide of Rachel Foster : plus de mal(aise) que de peur

Jeux Vidéo Publié par Violaine le


De toutes les pièces, je crois que celle qui m'effraie le plus c'est la salle de bain. J'ai une peur bleue des baignoires. Rassure-toi, c'est pas une phobie hein. Ça m'empêche pas de me laver tous les jours, comme tout le monde. Quoiqu'en ce moment... Me la fais pas. Je sens ta sueur d'ici. Fais quelque chose s'il te plait. Non, les douches ça va, et les robinets aussi... Excepté quand je me lève en plein milieu de la nuit, sans lumière pour aller boire de l'eau. Et cette peur à la con, je la dois à quoi ? Aux films d'horreur bordel !

Les baignoires et douches menaçantes, les canalisations chelous (avec des cheveux ou du sang qui sortent du robinet), les miroirs flippants... Ya toujours une put*** de scène dans une salle de bain dans les films d'horreur ! Apparences, Les Griffes de la Nuit, The Ring, Shining, Ça... Et j'en passe. Ils ont tous leur rôle à jouer dans le fait que je ne peux pas fermer les yeux dans un bain, tourner le dos à un rideau de douche pendant plus de 5 secondes, ou repartir tranquillement dans ma chambre sans courir après un réveil nocturne.

Quand je suis rentrée dans l'hôtel Timberline, j'ai très vite vu la ressemblance avec celui de Shining. Ma principale crainte ? Tomber sur une femme verte en décomposition qui sort d'une baignoire. Et peut-être être enfin punie pour cette fois où j'ai fait un arrêt sur image sur cette "femme" pour faire une blague à une copine qui se cachait les yeux en attendant la scène suivante (coucou Julia). Mais ce que je savais pas, c'est qu'il y avait bien pire qu'une femme en décomposition qui sort d'une baignoire qui m'attendait dans The Suicide of Rachel Foster... Et ça, je l'aurais peut-être su si je suivais un peu plus l'actu jeux vidéo. Et ça m'aurait évité ces quelques heures perdues et 17€ de dépensés. Mais que voulez-vous, je fais une confiance aveugle à Canard PC et le test m'avait donné envie.

Test vidéo / audio de The Suicide of Rachel Foster pour les flemmards ! :) Soyez indulgents c'est mon premier :

Oh chouette, un walking simulator angoissant

Mmmh très rassurant ce couloir

J'ai dévoré What remains of Edith Finch, Gone Home, Firewatch (que je ne saurais que vous recommander chaudement), Everybody's Gone to The Rapture (magnifique également). Je sais que le terme de "walking simulator" n'est pas toujours exact, ou parfois péjoratif, mais je n'ai pas trouvé mieux pour tous les rassembler dans un genre. C'est surtout plus rapide qu'un tag "jeux vidéo avec assez peu d'énigmes et d'interactions où on marche beaucoup et on explore pour en apprendre plus sur un lieu, son histoire, ses souvenirs...". Bref. The Suicide of Rachel Foster est lui aussi vendu comme une sorte de thriller narratif et walking simulator dans un hôtel vaste et complexe à explorer "pour percer de sombres secrets de famille". Ouais ça pue. Mais le côté hôtel abandonné et vieille salle de bain lugubre dans lequel on peut tranquillement se promener m'a séduite.

The Suicide of Rachel Foster "touches on mature subject matter" nous disent également les développeurs du jeu, du studio italien One-o-One Games. Inconnu à mon bataillon, le studio s'est fait aidé de Daedelic Entertainment, éditeur du jeu déjà plus connu.

Dans The Suicide of Rachel Foster, nous incarnons une certaine Nicole Wilson. Celle-ci a coupé les ponts avec son père il y a 10 ans, lorsque sa mère a appris qu'il avait une liaison avec une certaine Rachel, jeune fille de 16 ans qui est tombée enceinte de lui et se serait suicidée peu de temps après en se jetant d'une falaise. Ambiance Scandale. Maintenant que ses deux parents sont décédés, Nicole qui pensait ne jamais avoir à remettre les pieds à l'hôtel familial doit y retourner pour accomplir la dernière volonté de sa mère : revendre l'hôtel et se racheter auprès de la famille de Rachel.

Elle commence sa visite de l'hôtel particulièrement remontée contre Léonard, elle n'a pas voulu se rendre à ses funérailles et on la comprend, et bien décidée à ne pas traîner ici. Trop de mauvais souvenirs. Mais une épidémie de covid-19 une tempête de neige va la contraindre à changer ses plans. Espérons qu'elle aura assez de pâtes et de PQ pour survivre.

Overlook vs Timberline Hôtel

On s'attend un peu à rentrer dans la Ballroom de Shining, non ?

Une fois garée, je m'engage dans un sous-sol peu engageant. Je rejoins donc vite l'étage. Le téléphone sonne sans que je ne parvienne vraiment à le situer géographiquement. Certes, j'ai toujours eu un sens de l'orientation pourrie mais j'ai une bonne oreille. Et là je peux vous dire que la localisation du son est toute pourrie. Si bien que je manque de me cogner 3 fois dans de le mur. C'est pas de la mauvaise foi, le problème se représentera plusieurs fois dans l'hôtel, malgré ce petit détail, le sound design reste très qualitatif. Mais j'y reviendrai.

Décoration austère, tableaux anciens, tapisserie rouge sang... Manquerait plus qu'un ascenseur et je me croirais véritablement dans l'Hôtel Overlook de Shining. J'avoue, cet hôtel me fait froid dans le dos et comme Nicole, j'ai pas très envie d'y rester. Les graphismes photo-réalistes très réussis jouent également un rôle important dans cette impression. Sauf que je dois attendre cet avocat à la con pour régler la paperasse. En plus, j'ai pommé mes clés de voiture. Ou peut-être serait-ce le fantôme de Rachel qui me les a piqué...??!!! Peut-être en apprendrons-nous un peu plus dans la chambre 117 ! Bordel, dans Shining c'est pas dans la 217 qu'on rencontre la nana toute décomposée ?* Ok j'ai les chocottes.

*Fun fact : dans le livre de Stephen King, la chambre interdite est bien la chambre 217, mais dans le film c'est la chambre 237. Pour la simple et bonne raison qu'IRL le gérant de l'Hôtel ne voulait pas que ses clients aient trop peur de la chambre 217. Le plus drôle c'est qu'ils se sont fait ch*** à changer pour rien puisque les clients réclamaient cette chambre après le film de Kubrick.

Faites qu'Irving jamais !

Pardon pour ce titre foireux.

Heureusement, Irving de la FEMA (Agence Fédérale des Situations d'Urgence) est là pour me tenir compagnie à l'aide d'un talkie-walkie. Parfois, on se dragouille même un peu et ça fait passer le temps. Il faut bien car comme dans Firewatch, l'aventure est divisée en plusieurs jours, 9 au total. Et il se passe pas grand chose de flippant, même quand le téléphone sonne.

Les décors flippants et les graphismes photo-réalistes relèvent le niveau...

Sauf que passées les premiers jours à l'hôtel, il devient vite relou ce Irving. Il intervient constamment, aux moindre faits et gestes de Nicole. Si bien qu'il réussit un peu à casser l'ambiance angoissante si bien véhiculée par l'hôtel et la bande-son très réussie (si on oublie les problèmes de spatialisation). Par moments, on a envie d'y croire et on repense au duo de choc Delilah & Henry de Firewatch, et à d'autres moments on se dit qu'Irving n'arrive vraiment pas à la cheville de Delilah. Il ne se fait jamais désirer et ne nous laisse même pas le temps de flipper, excepté à 1 ou 2 très légers jumpscares. Si je peux appeler ça comme ça (une porte qui claque brusquement, ou un volet qui s'écroule quoi). En bref, on a les 3/4 du temps envie de l'encastrer.

D'autant plus qu'on meurt d'envie de partir seule enquêter sur le pouvoir exercé par Leonard sur Rachel, sur son suicide... Mais on doit souvent attendre de débloquer une scène pour utiliser certains items qui nous font de l'oeil depuis le début du jeu... Du coup, on oublie très vite cette idée de fouiller les lieux de façon autonome, et on se plie bêtement à la linéarité du jeu en attendant les prochaines consignes pas toujours très claires d'Irving. A un moment, on retrouve même toutes les preuves rassemblées par Nicole sur un tableau en se demandant "Bordel mais où et quand elle les a trouvées ?!". Mais le plus gros souci de The Suicide of Rachel Foster ne se situe pas là.

The Pedophilie of Leonard Mc Grath (spoil inside)

Petits cochons, petits cochons...

Hé Jack ! On te l'a trouvé ton petit cochon !!! Il est là, il s'appelle Leonard Mc Grath ! Alors laisse ton fils Danny tranquille et occupe toi de son cas ! Plus sérieusement, je n'en croyais tellement pas mes yeux et mes oreilles que j'ai dû me repasser la fin du jeu. Dès le départ il est clair que Leonard a eu une relation avec une mineure de 16 ans ! Alors, ok tu pourras toujours me répliquer "alors oui, dans beaucoup pays la majorité sexuelle c'est dès 15 ou 16 ans". Super, merci Jean-Michel juridiction ! En effet, en France c'est d'ailleurs le cas dès 15 ans, mais un adulte peut être poursuivi s'il a des relations consenties avec un mineur sans l'accord de ses parents. Bref, mais en fait on s'enfout un peu du point de vue juridique. Je te parle du point de vue morale !

Je vais devoir spoiler le jeu. Déso pas déso. Mais The Suicide of Rachel Foster pose plusieurs problèmes : en lisant bien les différents documents en notre possession on apprend que Léonard aidait Rachel qui était dyslexique et rencontrait de grosses difficultés scolaires. Elle subissait aussi beaucoup de harcèlement. C'est le père de Rachel, un des meilleurs amis de Léonard qui lui a d'ailleurs demandé son aide !! Abba quelle aide ! Léonard était donc censé être le prof de Rachel. Représenter l'autorité. Et Rachel, du peu d'informations que l'on a sur elle, avait l'air d'être quelqu'un de très influençable avec une faible estime de soi. Excuse-moi mais la frontière avec abus de faiblesse est très très floue, non ?

Là d'accord, ça c'est une VRAIE chambre d'ado. Celle que Nicole a laissé il y a 10 ans.

Ce qui m'amène vers mon second point : Rachel n'est absolument pas au centre de l'histoire. On n'apprend très peu de choses sur elle, sur comment elle a vécu cette relation. Tout au long du jeu les protagonistes et notamment Irving (qui s'avère être le frère de Rachel...) insiste sur le côté protecteur de Léonard vis-à-vis de Rachel... Ils le placent comme un héros, mais toujours aucune idée de ce qui se passe dans la tête de Rachel. L'enjeu principal n'est en fait pas de comprendre ce que Rachel a traversé, MAIS de trouver les véritables causes de sa mort... Et là attention, gros twist inattendu : c'est la mère de Nicole qui l'a tuée ! Et c'est une fois de plus l'occasion de plaindre un peu plus Léonard dans cette tragédie familiale.

Vraiment, ça ressemble à une chambre d'ado, ça ? Pas à un autel glauque pour une enfant ?

Bon, pourquoi pas. Tu peux toujours me ressortir que "blabla Rachel est majeure sexuellement et consentante". Maintenant, imaginons qu'elle a 20 ans quand elle se tape Léonard pour la première fois alors qu'il lui donne des cours particuliers depuis 10 ans sans aucune ambiguïté jusque-là. Et si je te dis qu'après sa mort, il lui aurait façonné un autel dans le sous-sol de l'hôtel ? Ok glauque mais encore ? Et si je te dis que cet autel se compose de fausses fenêtres dessinées à la craie, d'une peluche, d'un appareil dentaire, d'un petit cheval en bois... Bref d'une "fausse" chambre d'ENFANT et pas d'adolescente. Là tu penses toujours qu'il n'y avait rien de malsain dans leur relation ?!

Une drôle de notion de l'amour...

Finissons sur la pièce la plus glauque du jeu, le "bézodrome" où Papou nous laisse un gentil message

Après cette lugubre découverte, alors que je me dirige vers la pièce cachée depuis le début du jeu, je découvre une vidéo que le père de Nicole lui a laissé. Je me dis "Cool, il va enfin mettre un mot sur sa pédophilie, essayer de s'excuser auprès de Rachel, auprès de Nicole...". Eh ben non ! Léonard insiste simplement sur l'amouuuuur, l'amour qui est plus fort que tout, le vrai amour qu'il a vécu. Leul.

Du coup, à un moment je me suis carrément dit "mais merde, j'ai vraiment rien compris à l'histoire en fait ? C'était à un enfant de clodo la fausse chambre en bas ?!". La pédophilie est au centre du jeu sans qu'elle ne soit jamais citée en tant que telle. Ah si, une fois sur une lettre anonyme que Leonard a reçu et que Nicole a nommé "calomnie" en rassemblant ses preuves... Quel est le message ? Quel est l'objectif du jeu ?

Pédophile ??? Doux Jésus, je suis outrée par ces calomnies !

Même Nicole est décevante dans sa propre réaction. Alors qu'elle était remontée au début du jeu, elle finit par faire preuve d'une indulgence presque malsaine envers sa famille. Elle s'en veut presque davantage d'avoir été jalouse de Rachel... Famille de casos hein disons-le : dans la famille Mc Grath je voudrais le père pédophile et la mère qui tue la pauvre Rachel qui n'avait rien demandé, tout va bien. On se croirait après 6 mois de confinement devant une mauvaise émission tv de faits divers dans un village de consanguin. La mère ne vaut franchement pas mieux. Et c'est d'ailleurs sur sa réaction et le meurtre qu'elle a commis que le studio a maladroitement choisi de se concentrer.

Attention, je ne dis pas qu'on a pas le droit de parler pédophilie dans un jeu, bien au contraire ! Mais ici c'est traité comme une thématique secondaire qui vaut moins la peine de s'y attarder que la cruauté de la mère de Nicole qui a tué Rachel et la souffrance que ça a causé pour Léonard et Irving, les vraies victimes qui ont même finies par vivre ensemble pour enquêter sur la mort de Rachel ! Irving n'avait qu'un seul objectif : faire trouver à Nicole, et donc à nous, les vraies circonstances de la mort de Rachel. La vraie coupable ! Dear Lord. Mais pourquoiiiiiii ?!

La mort ou le tché-tché ?

Ce n'est certainement pas la fin qui t'en dira plus puisque tu auras le choix entre te laisser crever dans ta voiture ou passer le restant de tes jours à l'hôtel avec tes fantômes chéris. Ouais ben parfois, mieux vaut laisser certains squelettes dans le placard et certains jeux prendre la poussière dans sa bibli Steam... Bref, pas de femmes décomposée dans une baignoire, et finalement, j'aurais préféré !

The Suicide of Rachel Foster is a work of fiction that features a number of complex subjects. While care was taken to treat these topics with due respect, the views expressed by any character(s) within the game do not necessarily represent those of Daedalic Entertainment or One-O-One Games. As always, we encourage players to think critically, discuss their feelings openly, and exercise self-care as needed.

Jusque là je n'avais lu que des tests positifs ou mitigés sur The Suicide of Rachel Foster. Ce sont ces fameux tests qui ont piqué ma curiosité. Et dans la plupart d'entre eux aucun journaliste ne s'attarde réellement sur le traitement du sujet, ni sur la pédophilie d'ailleurs. C'est assez curieux... Comme si The Suicide of Rachel Foster avait une double lecture qu'il n'était pas donnée à tout le monde de comprendre. Mais NON ça se voit comme un gros chtard en plein milieu du visage d'une peau d'ado !

Une fois le jeu fini, perplexe j'ai donc directement tapé "the suicide of rachel foster pédophilie" (j'aime les recherches qui vont droit au but, en même temps c'est un peu mon taf). Et je suis tombée sur cette news qui parle de la fameuse "polémique" qui n'est hélas jamais arrivée jusqu'à mes oreilles. Et puis je suis tombée sur ce thread de @_Nat_ali qui m'a quand même un peu rassurée : oui on a joué au même jeu.  "Think critically & discuss their feelings" qu'ils disaient... bon bah c'est ce qu'on a fait. Mais est-ce que The Suicide of Rachel Foster avait vraiment pour but d'ouvrir le dialogue sur ce genre de thématique ? Pas sûr... Pour le coup, beaucoup de médias ont totalement ignoré la thématique alors qu'ils auraient pu au moins donner leur ressenti à ce sujet.

Bref, franchement, en plein confinement je peux comprendre que tu aies envie de te balader un peu, mais s'il te plait, fais-toi un bon Firewatch, Everybody's gone to the rapture ou What remains of Edith Finch et dis WALA.

Gardez vos flouzes.

Les plus :

  • L'Hôtel est bien flippant et ressemble à celui de Shining
  • Le sound design est quali

Les moins :

  • L'amour pédophile ça n'existe pas les gars
  • La localisation du son est naze
  • L'histoire est pourrie
  • Léonard est pédophile
  • Ya des allusions anti-avortement
  • La morale est totalement immorale
  • La fin est naze avec 2 choix pourries
  • Quel est le message ?!

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Violaine

À propos de l'auteur de l'article : Violaine

Licorne en chef de Geekmick. Tombée dans les jeux vidéo à 8 ans avec Robocop Vs Terminator sur Megadrive et Tomb Raider sur PC. Aime ses chats Chappie et Balec. Particularité : humour gras, références douteuses et fâcheuse tendance à ponctuer toutes ses phrases de gros mots. Expression fétiches : "comme ma bite" "comme ma chatte" "c'est ce qu'il m'a dit hier" "balec" "putain" "bordel de cul". Secret honteux : Tous ses amis lui offrent des licornes mais en vrai à la base, elle cherchait juste un truc kitsch pour le logo de Geekmick.

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