Test PC – Observer : un (bad) trip cyberpunk angoissant

Si vous êtes amateurs de jeux horrifiques, vous avez certainement déjà entendu parler de Layers of fear… Ce survival horror rappelant notre regretté P.T. avait rencontré un franc succès. Perso je n’ai pas encore eu le courage  l’occasion de le tester (c’est prévu). Mais quand j’ai su que Bloober Team revenait avec Observer, aventure cyberpunk ô combien intrigante, j’étais tout de suite plus tentée par le délire. Le jeu étant sorti assez discrètement le 15 août (pile pendant mes vacances en plus !), j’ai carrément failli passer à côté. C’était sans compter sur l’alerte d’un poto geek très franchement emballé par ce dernier ! Impatiente, je me suis jetée dessus à mon retour de vacances.

Il faut dire qu’Observer avait tout pour me faire saliver :

  • le personnage principal doublé par Rutger Hauer (Roy Batty, chef des réplicants dans Blade Runner, d’ailleurs on le reconnaît dès la jaquette du jeu)
  • Le titre Observer qui m’a carrément fait penser à la série Fringe (bon, ça c’est presque accessoire)
  • Son scénario dystopique vous plongeant dans la peau d’un « mangeur de rêve »
  • Son univers rappelant fortement Blade Runner (si vous ne l’aviez pas encore compris, j’adore ce film) et plus globalement l’univers dickien.

Mis à part ça, j’avais lu le moins d’informations possibles au sujet d’Observer. Ni maté la moindre démo de gameplay. Je ne voulais pas m’attendre à quoi que ce soit en termes d’expérience de jeu, d’objectif ou de durée de vie. Je voulais que la surprise soit totale. N’ayant pas joué à Layers of Fear, je n’avais pas non plus pu me familiariser avec la patte de Bloober Team. Bref, c’est sans aucun a priori que j’ai foncé dans l’aventure Observer. J’étais loin d’imaginer le trip qui m’attendait !

« Plus humain que l’humain, telle est notre devise »

Daniel Lazarski : Observer

Dès l’intro de lancement du jeu, dur de ne pas penser à Blade Runner. L’histoire défile à la verticale sur écran noir et fond musical rappelant Vangelis, le tout avec la voix off de Rutger Hauer. Ça fait tout de suite son petit effet ! On n’a qu’une envie : démarrer la partie. Pas de réplicants à l’horizon (et heureusement), mais la thématique du transhumanisme ne se fait pas attendre dans l’histoire.

Pour vous situer : Observer nous plonge en Cracovie dans les années 2084, eh oui, soit 100 ans après l’oeuvre de George Orwell. Le nanophage, sorte de peste digitale qui a touché les augmentés péniens (les implants, les améliorations biomécaniques tout ça) a ravagé la Pologne. Après une guerre entre l’Orient et l’Occident qui n’a connu que des perdants, c’est la multinationale Chiron qui a tiré son épingle du jeu et pris le contrôle du pays pour y instaurer la Cinquième République. Les riches se sont enrichis, les pauvres se sont appauvris, bref les castes sont devenues une triste réalité dans le pays. Les pauvres sont condamnés à vivre reclus dans des taudis, à « l’abri » d’un gouvernement qui a l’œil sur absolument TOUT.

Vous, Daniel Lazarski et votre voix rauque (coucou Rutger Hauer !), faites d’ailleurs partie de leurs pires cauchemars. Vous êtes l’oppression incarnée. Et pour cause : à la solde de la corporation de Chiron, vous êtes la nouvelle police chargée de surveiller les citoyens. Voire de déterrer ce qui se cache dans les recoins les plus sombres de leur esprit à l’aide d’un « mangeur de rêve ». On vous surnomme la sangsue. Yeah ! Tu la sens la dystopie ?!

Une fois les présentations faites, il ne reste plus qu’à savoir à quelle sauce Bloober Team compte nous cuisiner. Et surtout s’ils vont réussir à trouver leur propre univers.

« J’ai vu tant de choses que vous, humain, ne pourriez pas croire »

Nous voici donc dans la peau de Daniel Lazarski, en train d’émerger dans une voiture remplie d’écrans et d’interrupteurs. Pas de doute on est dans le turfu. Quoique les glitchs et un léger soucis de framerate pourraient nous en faire douter. Heureusement, la blague ne dure pas longtemps : notre assistante nous rappelle de prendre notre petite drogue, la « synchrozine », pour éviter ce genre de désagréments dus à l’augmentation. Surtout après une montée de stress. Et croyez-moi vous allez en avoir ! Mais ça n’est pas le sujet pour le moment.

Notre cyber-flic reçoit un appel mystérieux de son fils, Adam, qu’il a perdu de vue depuis un moment. Ni une ni deux, il localise son fils et part à sa recherche dans un des quartiers les plus pauvres de Cracovie.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, Observer nous met dans l’ambiance avec un générique qui claque, enchaînant des plans un peu chelous et crados façon American Horror Story ou Westworld. Guettez-moi plutôt ça :

C’est ainsi que nous atterrissons dans une cour d’immeuble grise, et bien évidemment sous la pluie ! Autant se faire à la froideur du lieu puisque toute l’intrigue d’Observer va se dérouler dans les bâtiments qui bordent la cour. Difficile de ne pas penser à Blade Runner ou au Cinquième Élément en découvrant les lieux, surtout en levant un peu la tête : hologrammes et panneaux publicitaires futuristes (pour Chiron bien sûr) habillent les murs des bâtiments.

Observer : cour de l'immeubkle

1984, Big Brother
Big Brother is watching you

Une fois à l’intérieur, cela ne fait plus aucun doute : nous sommes bien chez les indésirables de la corporation. Les couloirs sont insalubres, glauques et semblent presque inhabités. Quelques bruits inquiétants se font même entendre au rez-de-chaussée. On sent qu’on va en baver dans ces immeubles et la bande-son y est aussi pour beaucoup.

Quand ce n’est pas des taches de sang ou de crasse, des posters de propagande un peu flippant sur les bords habillent les murs. On y retrouve fréquemment une figure à mi-chemin entre Big Brother de 1984 et Hitler.

Observer : affiche Hitler & Big Brother 1984

« All by myself »

Ok, là je cite pas Blade Runner mais Céline Dion. Oups.

Test PC Observer

Les rencontres humaines physiques se font rares dans Observer. La plupart du temps vous dialoguerez par l’intermédiaire d’un visiophone. Ce qui accentue la solitude et l’angoisse que vous ressentirez en traversant les longs couloirs. Je me suis même surprise à sonner chez tous les appartements avoisinant quand je sentais une menace approcher. Ouais, l’immersion est bien là !

Heureusement, quelques petits moments de calme et de répit vous permettront de profiter de la beauté de certains plans très très psyché. Bloober Team réussit à proposer des contrastes de décors et d’ambiances très réussis. Les meilleurs moments étant à mes yeux ceux que vous vivez à travers les souvenirs des gens, à l’aide du mange-rêve. Un passage m’a d’ailleurs tellement scotchée que j’en ai créé un petit gif à partir de captures écran.

J’ai choisi de ne pas trop m’éterniser sur le gameplay puisque ça n’est absolument pas là dessus que repose l’intérêt du jeu. Il reste très simple, même si on profite tout de même de quelques phases d’enquête très réussies. Autant vous prévenir : vous allez assez vite faire face à une série de meurtre pas très rassurants. La découverte de notre toute première scène de crime (et pas la dernière) nous permet de nous familiariser dès les premières minutes avec  les gadgets de notre cyber-flic : une touche pour la vision électromagnétique (implants et autres technologies), une touche pour la biovision (sang et autres éléments organiques) et une touche pour la vision infrarouge (qui j’avoue ne m’a pas vraiment été utile). De temps à autre, vous pourrez également vous servir de votre mangeur de rêve pour pirater des technologies ou capturer les souvenirs des habitants. Ces petits plus rendent cependant très appréciables les phases d’enquête et de fouille des lieux.

Le Gameplay d'Observer
Biovision activée

Une liberté de ton vous est donnée dans les dialogues (flic sympa/neutre/agressif) sans que celle-ci n’ait une véritable influence sur le cours de l’histoire. Cela dit, certains dialogues vous permettent de débloquer des quêtes annexes, facultatives mais permettant de prolonger la durée de vie de quelques heures. Sans quoi, le jeu peut sans doute être fini en six heures en n’étant pas trop flippette. Il serait vraiment dommage de passer à côté de ces quêtes qui permettent d’en apprendre plus sur l’histoire.

Pour ma part, en faisant toutes les quêtes et en prenant mon temps, j’ai dû jouer dix bonnes heures. Sachant que j’ai bloqué à certains endroits (sens de l’orientation….), ou que je suis restée un peu trop planquée (ouais je suis légèrement flippette) et surtout que je me suis obstinée à finir le mini-jeu « Tout feu tout flamme » ! Comment faire perdre du temps à Violaine ? Proposer un puzzle platformer rétro sur tous les ordinateurs des habitants, particulièrement dur sur les derniers niveaux. J’ai cru devenir folle ! Mais ça faisait du bien de souffler un peu entre deux coups de stress.

Tout Feu Tout Flamme, Observer
Un jeu vidéo dans un jeu vidéo : Tout Feu Tout Flamme

Même si, contrairement à ce qu’on pouvait parfois lire, Observer n’est pas vraiment un survival horror.  On retrouve tout de même quelques mécanismes du genre comme le fameux labyrinthe dans la pénombre où t’as intérêt de vite te repérer, ou le petit couloir étroit à traverser en boucle à la P.T…. Sans oublier les quelques jump scares et phases de fuite Mais tout cela ne représente finalement qu’une partie du jeu. Nan, franchement, j’ai pas tant flippé que ça…

Leul.

« Wake up, it’s time to die »

Les Glitchs dans Observer
Les fameux glitchs indiquant que vous manquez de synchrozine

Avec l’utilisation des glitchs, du contraste entre glauque et rares moments d’éblouissement, Bloober Team brouille les frontières entre rêve (ou cauchemar) et réalité. Les souvenirs du cyberflic viennent d’ailleurs parfois se greffer à ceux de ses « hôtes ». Bloober Team s’amuse de nous en mêlant de plus en plus rêve et réalité. Si bien que sur la fin, même notre Daniel Lazarski, qui semblait tout à fait lucide jusqu’ici, semble disjoncter tout autant que le courant de l’immeuble qu’il vous faudra rétablir. Bref, ça part en couille totale quoi !

Si bien qu’on finit par s’interroger sur la véritable identité du « méchant » de l’histoire. Alors qu’on pourrait le détester (bah ouais, il gobe quand même les souvenirs des gens quoi), on s’attache vraiment à Daniel Lazarski qui n’est finalement qu’une victime de la corporation, à l’image de Winston Smith dans 1984.

Graphismes Observer PC
C’est pas beautiful ça mon ami ?

Le procédé de mise en abyme avec le jeu « Tout Feu Tout Flamme » n’est sans doute pas anodin. Il vient encore plus accentuer ce brouillage des frontières. Sans parler de la toute dernière scène (complètement perchée) dans le mangeur de rêve. Un petit clin d’oeil vidéoludique s’y est même glissé… Subtilement, Observer nous interroge sur notre rapport aux technologies et plus particulièrement à la réalité virtuelle. Il nous montre un futur lointain gouverné par le transhumanisme et la réalité virtuelle (saurez-vous retrouver le petit clin d’oeil à Sony pendant le jeu ?!).  Evidemment, cette vision du futur est hyper pessimiste, à l’instar d’un bon vieux Black Mirror…

Test PC Observer : univers dystopique
Souriez, vous êtes surveillés !

Heureusement, loin d’être manichéen et moralisateur, le discours est nuancé et donne à réfléchir. C’est peut-être d’ailleurs pour ça qu’on a du mal à savoir si on doit aimer ou détester l’homme que l’on a joué durant plus de six heures… Toutes les bonnes choses ont une fin, sauf le saucisson Observer qui en a deux. Et finalement, ce sera à vous de décider du sort de notre cher Daniel Lazarski.

En fait, Observer ne rentre dans aucune case. C’est d’ailleurs bien plus compliqué d’écrire à son sujet, car d’une il est difficile de le décrire, et de deux je ne voudrais surtout pas vous gâcher l’expérience. Et pourtant il m’a rendu beaucoup trop bavarde. C’est ce genre d’ovni qui laisse une trace indélébile une fois terminé !

Le conseil ultime : à faire ABSOLUMENT avec un casque. 

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C’est 27€99 sur Steam, c’est aussi dispo sur PS4 et One, perso j’appelle pas les flics pour crier au vol !

Note globale

9/10
J’aimé

  • L’univers dystopique réussi
  • Les références à Orwell, K. Dick, mais aussi à un jeu vidéo très connu…
  • La direction artistique réussie
  • La bande-son au TOP (pensez vraiment au casque !)
  • Rutger Hauer <3
J’ai po aimé

  • Des petits bugs
  • J’ai souvent stressé pour rien, faut pas jouer avec mes sentiments comme ça !
  • J’en veux encore

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