The Haunting of Bly Manor : le confort des rêves et des souvenirs

Ciné - Séries Publié par June le


Hello les geekous, ou devrais-je dire les accros du petit écran ? Après tout, je vous parle essentiellement séries et ciné ici. On en avait parlé il y a deux ans (pile-poil)  lors de la sortie de la saison 1 de The Hauting of Hill House. La série horrifique et psychologique de Netflix revient pour une saison 2 intitulée The Haunting of Bly Manor. Vous l’aurez compris, on est sur une intrigue et un lieu totalement différents. Je vous laisse visionner le trailer de cette saison 2 qui (pour une fois) ne spoile pas et donne bien envie :

Un endroit “parfaitement splendide”

L’histoire s’ouvre sur une femme qui raconte une histoire lors du dîner de répétition d’un mariage. L’histoire se passe en Angleterre à la fin des années 1980. Dani Clayton, une professeure des écoles américaine passe un mystérieux entretien pour garder et éduquer deux enfants orphelins dans un manoir à la campagne. Après avoir fait la rencontre de leur oncle et tuteur, Dani se dirige vers le manoir Bly en rase campagne. Après avoir rencontré Miles et Flora, les enfants, elle fait la connaissance du personnel en place : le cuisinier, la gouvernante et la femme en charge des jardins.

Petit à petit, ce manoir impeccablement conservé depuis la mort des parents des enfants, révèle ses mystères et va faire perdre la raison à la “nounou”. Les locataires du Bly Manor sont probablement plus nombreux qu'on ne le croit et tous ne sont pas enclins à rester de leur côté de la réalité.

Le joli manoir de Bly

C’est dit au cours de la série mais The Hauting of Bly Manor n’est pas une histoires de fantômes comme nous l’avions aperçu en saison une, c’est avant tout une histoire d’amour. Je vais rentrer dans le détail donc si vous n’avez pas encore visionné cette saison, je vous invite à arrêter votre lecture ici.

Mais où sont les jumpscares ?

Certains des éléments découverts et appréciés en saison 1 sont de retour : une intrigue captivante où l’on va en apprendre plus sur le passé des protagonistes, des enfants un peu effrayants, des fantômes avec de mauvaises intentions et, soyons honnêtes, beaucoup d’émotions. Il faut se l’avouer (ça a été le cas pour moi), cette saison 2 dispose d’un potentiel chialade assez conséquent; même si pas aussi prononcé qu’en saison 1. Certaines parties de l’histoire sont assez dures tout en restant très belles : l’histoire entre Hannah et Owen, la candeur de Flora dans ses rêves, l’histoire de Viola etc.. 

S’il fallait vraiment comparer les deux saisons, je dirais que la saison 1 se concentre sur le deuil alors que la saison 2 traite de la relation à l’autre quand il meurt. Que devient l’amour quand la personne est passée de l’autre côté ? Les enfants Flora et Miles doivent apprendre à s’épanouir et se construire malgré la mort de leur parents. Ils se reconstruisent un semblant de famille avec les membres du personnel restés au service de la famille. Encore une fois les enfants sont au centre de l’intrigue mais malheureusement, cela s’efface petit à petit au profit des histoires de chacun des personnages adultes. Vers la fin de la saison, les enfants sont même totalement mis de côté jusqu’à être brièvement évoqués dans le dernier épisode. J’ai trouvé ça dommage car j’avoue avoir craqué sur la sensibilité de Flora

Miles et Flora Wingrave

Vous vous en souvenez probablement, en saison une, nous avions deux axes temporels : l’action présente où les frères et soeurs se réunissent pour le décès de l’un d’entre eux et leurs passé lorsqu’ils étaient enfants. Les deux temporalités étaient sans cesse comparées faisant petit à petit apparaître les explications sur le décès du personnage. Ici dans The Haunting of Bly Manor, il y a aussi plusieurs temporalités mais elles sont un peu plus compliquées à saisir. Ce sont les fantômes qui nous aident à situer le moment de l’action. Mais ça se complique lorsqu’on comprend qu’ils sont capables de glisser dans leurs souvenirs et rêves. J’avoue avoir décroché quand on nous présente ce phénomène, j’ai sûrement loupé certaines subtilités mais le réalisateur aurait pu mettre un moyen visuel ou sonore pour se situer (on se souvient du “woosh” dans la saison 3 Dark quand on passait d’une réalité à une autre). Comme en saison 1, les épisodes sont plus ou moins découpés par personnages. Je dis plus ou moins car ce n’est pas tout à fait exact, on est plutôt sur du général au début, quelques épisodes consacrés aux personnages principaux puis un gros n’importe quoi en fin de saison.

Une histoire brouillon ?

Là, vous comprenez que je suis mitigée sur The Haunting of Bly Manor … J’en attendais peut-être trop ou alors j’ai espéré une bonne saison d’horreur comme ce qu’on nous avait présenté en saison une ? Le rythme assez inégal des épisodes qui enchaînait passages trop longs et scènes d’action minimes m’a perturbée. J’en parlais un petit peu plus haut mais les “sauts de rêves” m’ont perdue pendant quelques épisodes. Il me manque peut-être quelques neurones mais je n’ai vraiment pas trouvé ça évident (coucou Anne-Cha). 

Mike Flanagan, nous propose une autre vision de la maison hantée. Les fantômes ne sont absolument pas effrayants puisqu’ils sont restés très humains. J’ai pourtant bien aimé le traitement et la représentation des “fantômes” mais j’avais la dame au cou tordu et l’homme qui lévite de la saison 1 en tête et ça m’a manqué. On ne sursaute jamais dans cette saison et c’est bien dommage. Qui n’aime pas une porte qui se claque tout seule ou un parquet qui grince ? On nous avait habitués aux personnages tapis dans l’ombre qu’on ne voit presque pas, il y en a très peu dans cette saison. J’avoue avoir eu la frousse au début de la saison quand Flora se cache derrière un coffre et chantonne. Le fait qu’on entende une sorte de cadavre/fantôme chuchoter la chanson m’a glacé le sang ! L’épisode sur la femme du lac en dit beaucoup … peut-être trop ? Il permet de répondre à quelques questions mais fait un peu tâche.

La maison de poupée de Flora

Et puis il y a des choses qui ne vont pas du tout ! De nombreuses incohérences m’ont fait lever les yeux au ciel. Donner un accent anglais à Jamie pour l’effacer complètement en fin de saison, Dani étranglée pendant 20 minutes qui survit alors que l’oncle Henri est lui aussi étranglé et meurt en 3 secondes, les protagonistes “gentils” qui arrivent tous en même temps au manoir pour sauver les enfants etc … Peut-être que la série aurait pu bénéficier de quelques épisodes supplémentaires pour offrir une fin détaillée aux spectateurs ? On nous fait faire un bond dans le futur phénoménal lors du dernier épisode qu’on a pas le temps de développer de l’émotion pour Dani.

L’émotion au rendez-vous

Mais tout n’est pas pourri, fort heureusement. J’ai trouvé de très bonnes choses dans The Haunting of Bly Manor. L’histoire d’Hannah la gouvernante est très belle et son idylle naissante mais inexistante avec Owen m’a beaucoup émue, notamment dans la conclusion du dernier épisode. D’habitude, je comprends assez vite dans ce type d’oeuvre quand une personne est un fantôme ou pas. Là je me suis faite avoir pour Hannah, j’aurais dû tiquer quand elle refuse de manger à plusieurs reprises.

Dani et Flora

Au final, chaque fantôme représente une façon de voir et de vivre sa mort. Hannah c’est celui qui s’ignore et qui se cache derrière le passé pour ne pas affronter la dure réalité. Peter c’est celui qui voit ce passage comme une chance de construire quelque chose de solide et de devenir une meilleure personne. Rebecca c’est celui qui est profondément meurtri près à tout pour se sentir enfin apaisée. Et enfin Viola, c’est le fantôme en colère, décidé à passer l’éternité à faire payer toute personne qui se mettra en travers de son chemin. J’ai trouvé très beau le fait que tous les adultes veuillent préserver les enfants de cette dure réalité et de les enfermer dans un cocon. Rebecca plonge la petite Flora dans un doux souvenir de sa maman, le cuisinier et la gouvernante veulent leur montrer que la vie est belle et faite de petits bonheurs et Dani serait prête à tout pour les protéger.

Mike Flanagan a choisi de reprendre une bonne partie du casting de la saison 1. Je ne peux que saluer ce choix. L’inoubliable Nell de la saison 1 campe le rôle de la nouvelle nounou, l’un des rôles central de la série. On y retrouve son grand frère en saison 1, ici en valet détestable ainsi que l’oncle Henry qui jouait le papa dans Hill House. Le réalisateur a réservé une place de choix pour le rôle charnière de la dame du lac, ce n’est ni plus ni moins que l’actrice Kate Siegel (et aussi sa femme IRL). Je retiendrais surtout les performances de T’Nia Miller et Rahul Kholi respectivement dans les rôles d’Hannah et d’Owen. Ils campent tous deux des personnages profondément émouvants mais c’est évidemment dû à leur talent. J’ai hâte de les voir dans d’autres rôles !

Miles et Flora : source inépuisable d’inspiration

L’histoire des orphelins Flora et Miles semble être une source inépuisable d’inspiration pour les cinéastes et réalisateurs de séries. Je l’ai appris récemment mais cette intrigue vient d’un livre de 1898 intitulé “Le tour d’écrou” écrit par Henry James. La nouvelle qui a fait fureur a inspiré le film “Les Innocents” en 1961, un vrai classique du cinéma d’horreur (si je puis dire pour l’époque) dans la lignée d'Hitchcock. Les enfants nomment les fantômes “les autres” dans l’oeuvre de James, c’est ce terme et cette thématique qui a inspiré le film “Les autres” en 2001 avec Nicole Kidman. Ici aussi, on retrouve des fantômes humains (je spoile à peine en disant ça ^^). D’ailleurs Mike Flanagan a repris certains gimmick de l’oeuvre originale et de ses adaptations comme le “perfectly splendid” de Flora qui vient du roman original et la scène de Peter Quint qui observe dans la maison dans la version 1961.