Red Strings Club : l’art de la mixologie selon Deconstructeam

Test de Red Strings Club : jeu d'aventure cyberpunk

Cela faisait depuis quelques mois déjà que j’attendais le dernier Deconstructeam, Red Strings Club ! Je n’avais pourtant pas été très réceptive à leur précédent jeu « Gods will be watching ». Le jeu de simulation de situation de crise m’a appris que j’étais aussi forte en gestion de crise qu’en graphisme ! Cette fois-ci, l’univers et le topo me correspondaient bien plus : univers cyberpunk, narration au centre du jeu, et graphismes rétro (avis aux amateurs de jolis pixel). Un cocktail parfait pour toucher ma corde sensible ! Et puis, qui résisterait à une telle description :

Situé dans un univers cyberpunk, Red Strings Club est une expérience narrative tournant autour des thèmes du bonheur et de la destinée et mêlant la poterie, la mixologie et l’imitation de voix au téléphone.

Ouais, avouez, vous aussi vous avez envie de savoir comment ils ont pu mélanger tout ça ?! L’art de la mixologie, ma gueule ! Que le studio semble maîtriser à la perfection dans Red Strings Club ! Et ça tombe bien puisque c’est un peu la clé de la « réussite » dans ce jeu.

Red Strings Club : je VEUX l’adresse de ce bar

Red Strings Club : un bar où on a tous envie d'aller

Bon. Avant toute chose, à la fin de Red Strings Club, l’un des deux personnages principaux meurt. Ouais j’suis comme ça moi je spoile. Avant de m’insulter et de vous désabonner de Geekmick, laissez-moi m’expliquer : c’est sur cette scène que commence le jeu avant de nous introduire dans le Red Strings Club.

Le Red Strings Club, comme ça on pourrait croire que c’est un club de strip tease. Que nenni ! Ce mystérieux bar soit disant hanté n’accueille généralement qu’une personne à la fois. Car il s’y passe des choses intimes. Nan, toujours pas des trucs sexuels ! Bordel arrêtez de voir du cul partout, ça devient relou ! Derrière le comptoir, Donovan, le personnage principal, maîtrise l’art de la mixologie à la perfection. Mais aussi l’échange d’informations plus ou moins confidentielles.

Cours de Mixologie dans Red Strings Club

Petit point définition. Je vous arrête de suite les gars, la mixologie c’est pas l’art de mixer des musiques. Même si elles sont très très chouettes tout au long du jeu. C’est l’art de faire de délicieux cocktails ! Pas les cocktails vodka jus de pomme dégueux que vous buviez en soirée quand vous étiez jeunes ! Nan, plutôt les délicieux Mai Tai parfaitement bien dosés qu’on ne vous sert que dans certaines adresses.

J’ai voulu vous expliquer à l’écrit le fonctionnement du gameplay, puis je me suis dit que c’était incompréhensible. Voici donc un extrait de mes talents en mixologie quand c’était encore très facile (après, le shaker déboule et ça se corse!!) :

Pour dénicher de précieuses informations, Donovan doit aussi jouer les fins psychologues. Vous avez donc tout intérêt à assurer dans la réalisation de vos cocktails mais aussi à les adapter aux forces et faiblesses de vos clients pour mieux leur tirer les vers du nez. En chevauchant leurs disques psychiques (toujours pas de cul nan) vous pourrez exalter différentes émotions comme le fierté, l’ambition, le regret ou encore le désir. MP pour avoir la recette du dernier 😉.

Comme vous vous en doutez le jeu est aussi bavard que moi, le dialogue est central ! Impatients s’abstenir !

Comme le souligne le jeu, « on n’est pas dans un jeu vidéo, on ne peut pas répéter plusieurs fois les mêmes questions ». De quoi mettre un peu la pression ! Heureusement, répondre correctement aux questions d’Akara-184 (dont je vous reparlerai plus bas) vous permettra de gagner un bonus non négligeable : une pilule rendant vos clients amnésiques. Bon, pour ma part, je dois pas être très douée en psychologie car je n’ai réussi qu’un seul test sur les trois. Et ce même en recommençant le jeu. Meuh meuh meuh.

Toute la partie jouée dans la peau de Donovan – qui est condamné à rester ici – se fait donc à huis clos dans le Red Strings Club. Mais deux autres personnages viennent diversifier les lieux et le gameplay.

Bien-être psychique généralisé

Le bonheur dans Red Strings Club

Jusqu’ici vous devez vous dire « c’est bien beau mais il est où le cyberpunk là dedans ?! ». Malgré le look 80’s du lieu, on ne peut que constater que Brandeis (celui qui meurt à la fin t’sais) et Donovan vivent dans une époque où le transhumanisme est roi. Brandeis, hacker activiste, possède d’ailleurs lui-même un implant.

Mais attardons-nous d’abord sur Akara-184. C’est avec son apparition que vous allez découvrir les projets machiavéliques des conglomérats sur l’humanité entière. Vous allez quelques minutes être dans la peau de cette androïde spécialisée dans l’empathie. Votre mission ? Attribuer les augmentations de leur choix (ou tout l’inverse si vous voulez un peu vous amuser) à vos clients. Ces augmentations se donnent à l’aide d’implant que vous allez devoir fabriquer vous-mêmes lors de petits ateliers poterie particulièrement bien fichus. Attention, ça demande un peu de patience et de prise en main au début, mais on se prend très vite au jeu ! Le Geek a même voulu participer !

Héhéhéhé.
Bon, en vrai, un atelier poterie dans Red Strings Club, ça ressemble plutôt à ça :

On dirait pas comme ça, mais ça détend un max. Surtout qu’on peut choisir sa petite musique de concentration.

Revenons à nos implants. Vous allez donc pouvoir créer des implants pour gagner plus de fans sur les réseaux sociaux, pour gagner en persuasion, filtrer les mauvais commentaires… Ou à l’inverse, supprimer toute conscience sociale, ou tout besoin de reconnaissance, ou toute ambition. A vous de choisir !

Il convient cependant de réfléchir un peu plus à certains choix. Vous allez en effet rencontrer des clients déterminants pour la suite : ceux de Supercontinent Ltd. Supercontinent est une entreprise leader sur le « marché » de la robotique et du transhumanisme. Le google de notre époque quoi. Celle-ci aurait un plan « humaniste » : le Bien-être psychique généralisé.

Une sorte de mise à jour pour les implantés (soit une grande partie de la population) qui permettrait de bloquer les pensées négatives des individus. En gros, plus de dépression, plus de suicide, plus de haine et donc que de l’amour et indirectement la paix dans le monde. Ça fait rêver tout ça hein ? Ben pas vraiment, ça fait plus penser à du brainwashing ! D’autant plus que la mise à jour pourrait bien à termes concerner toute la population, y compris les non implantés !

En le découvrant, Brandeis et Donovan vont se lancer dans un grand combat contre les conglomérats pour tenter d’empêcher ce brainwashing !

Le transhumanisme est-il un humanisme ?

Vous avez quatre à cinq heures pour répondre à la question. Pas sûre cela dit que vous ayez la réponse à la fin. Vous n’êtes pas non plus à l’abri de changer d’avis entre temps.

D’ailleurs, au cours du jeu Brandeis dit très justement « aujourd’hui, je te dis que l’amour les amis et la famille sont mes priorités, demain je te répondrai sans doute autre chose ». Pour ma part, juste après l’avoir terminé j’ai recommencé le jeu non seulement parce qu’il est assez court (4h à 5h) et que la rejouabilité est intéressante, mais aussi parce que j’étais finalement plus très sûre de mes premiers choix.

Le marketing est-il fonciérement néfaste ? Red Strings Club
Est-ce que j’ai le droit de dire oui alors tout en travaillant dans le marketing ?

Il faut dire que du côté de l’impact des choix, Deconstructeam a pensé à tout ! Alors que la création d’implant, ou la façon dont vous répondez aux questions d’Akara peut paraître anodine, il n’en est rien. Vous n’aurez par exemple pas forcément accès aux mêmes scènes avec Brandeis selon les implants que vous aurez choisi d’attribuer à vos clients avec Akara. L’interdépendance des personnages et des choix est donc plutôt bien gérée. Elle vous donnera des avantages ou des handicaps plus ou moins importants lors de la dernière phase de gameplay en compagnie de Brandeis.

Celle-ci consistera à passer différents appels téléphoniques aux collaborateurs de Supercontinent Ltd en vous faisant passer pour l’un d’entre eux. A ce sujet Deconstructeam propose dans la même veine le petit jeu gratuit Supercontinent Ltd qui peut vous donner un aperçu. Là encore, si vous avez bien suivi les différents dialogues tout au long du jeu, vous gagnerez du temps en jouant des relations entre chacun des collègues. Ces relations vous seront également utiles pour profiter de la confiance de vos collègues afin de saboter tous les projets de l’entreprise. Niark niark niark.

Imitation téléphonique dans Red Strings Club
Choisissez bien la personne à imiter selon votre demande !

Mais faut-il finalement s’en réjouir ? Et si c’était pas eux les vrais méchants ? Et s’ils avaient de vraies bonnes intentions pour l’humanité ?

D’un autre côté pourquoi vouloir gommer les émotions négatives ? Ne sont-elles pas un moyens de nous faire avancer ? Une façon pour notre cerveau de nous dire « bouge toi, reste pas comme ça ». C’est plutôt mon avis. Mais ne vous attendez pas à trouver réponses à vos questions puisque celles-ci vous appartiennent.

D’ailleurs, tout au long du jeu Akara-184 se joue de vos principes pour vous pousser à ne pas adopter un jugement manichéen. Je vous laisserais découvrir ces dialogues constructifs par vous-mêmes, même il est fort probable que vous vous contredisiez par moment. Celle-ci n’hésitera pas à vous le faire remarquer. Lors du choix des implants elle ira même jusqu’à briser le quatrième mur pour vous interroger sur votre choix à coup de « Une meilleure notoriété sur les réseaux sociaux le rendra-t-il plus heureux ? Lui avez-vous vraiment rendu service ?! ».

Petite astuce découverte en faisant une fausse manip : en appuyant sur F5 vous pouvez répéter la scène et donc revenir sur vos choix. J’ai trouvé ça très bizarre et personne n’a vraiment communiqué dessus mais si comme moi vous êtes une girouette ou un flemmard vous pouvez l’utiliser. Avec modération bien sûr 🙂

Sans jamais tomber dans un discours manichéen et en vous poussant à toujours tout remettre en question, Red Strings Club permet de prendre du recul sur le transhumanisme en s’interrogeant aussi bien d’un point de vue éthique, que philosophique et politique. Le tout avec beaucoup d’humour et de justesse et des personnages très attachants. 

Un délicieux shot à boire cul sec. Et pourquoi pas pour s’en resservir un juste après ! En tant que prescriptrice de jeux vidéo, je me dois cependant de vous avertir ! Red Strings Club présente quelques effets secondaires plus ou moins gênants :

  • Une envie irrépressible de s’enfiler un bon Mai Tai (remplacer par votre cocktail préféré) à toute heure de la journée
  • Cette passion soudaine pour la poterie
  • Pire : cette manie de vider l’intégralité de votre cocktail raté sur votre plan de travail pour recommencer

Pour toutes ces raisons, je lui donne mon premier Label Bien Foutu les Potes de l’année. Et c’est par conséquent mon premier coup de coeur 2018 !

Note

9/10
Les plus

  • Ambiance spleen et pluie bien réussie
  • La bande-son planante <3
  • Les thématiques traitées avec humour et justesse
  • Les mini-jeux variés (poterie, mixologie et imitation téléphonique)
  • Une rejouabilité intéressante
  • Les jolis pixel à l’ancienne bien comme on aime
  • Une interdépendance bien gérée
  • Une cohérence du début à la fin
Les moins
  • Un poil trop bavard (et pas de voix donc on a vite tendance à cliquer, cliquer, cliquer pour passer les dialogues)
  • Je viens de vous souler pendant + de 1800 mots et je lui reproche d’être bavard ?!
  • Written By
    More from Violaine

    Test PC – The apartment : syndrome de stockholm

    Il y a des êtres humains que je trouve aussi attachants qu’exaspérants....
    Read More

    1 Comment

    • J’ai tellement kiffé ce jeu, les questions qu’il pose, en mode « il faut dire ça, c’est la meilleure chose à dire » sauf que dans l’action après tu te retrouves confronté à ce que tu disais et t’es là en train de chercher des excuses : « Ouais mais dans ce cas précis ça marche pas… Si ?… ». Et au final des fois tu choisis d’être cohérent avec ce que tu as dis plus tôt et en même temps des fois tu regrettes. C’est hyper intéressant aussi sur le transhumanisme ou même encore sur le danger de la pensée unique. Et ça peut justement aider les depressifs. Quand on te dit : « Tout le monde sera heureux etc » et que Donovan dit oui mais chacun a le droit d’être dépressif et ça fait avancer, l’être humain a toujours évolué comme cela etc… Et genre quand Akara te demande si elle devait laisser les gens se suicider j’ai dit oui, parce que je pense que chacun a le droit de vie ou de mort sur sa propre personne. Enfin ça te pose des questions vraiment profondes.

      Bref petit coup de cœur.

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *