On a appris à créer un jeu sur Twine à l’atelier Queer Games – Expo Game’Her

Exposition Game'Her à Rouen

Voilààà, c’est fini… L’exposition Game’Her, une bien belle initiative rouennaise des assos Pix3l, Ethlan et du Collectif des Salopettes vient juste de se terminer. Fnif… L’occasion de revenir sur cet événement avec un zoom sur un atelier auquel toute la team a eu la chance de participer : l’atelier Queer Games animé par le hackerspace parisien le Reset, « espace de bidouille et d’apprentissage des technologies numériques ».

Mais avant de vous en dire plus sur cet après-midi ultra-fun, arrêtons-nous quelques minutes sur l’événement dans lequel l’atelier s’inscrivait.

Game’her : c’est quoué ?

Game’her c’est une superbe initiative de l’association Pix3l (association rouennaise dédiée à la culture numérique, à la création, la diffusion et la médiation), Ethlan (première asso e-sport à Rouen) et le Collectif des Salopettes (collectif rouennais de sensibilisation à l’égalité femmes-hommes & lutte contre le harcèlement de rue). Comme son petit nom l’indique, l’événement Game’Her a pour vocation de mettre en lumière la pratique (mais aussi la conception) de jeux vidéo par les femmes.

Eh oui, ce n’est plus un secret, les femmes sont aussi nombreuses que les hommes à jouer aux jeux vidéo, et pas seulement à Candy Crush. Pour autant, ce secteur reste tout de même assez fermé à la gente féminine. L’industrie du jeu vidéo compte encore très peu de femmes et donc en toute logique on se retrouve très sous-représentées dans le jeu vidéo. Et quand on est représentées ça fait franchement pas toujours rêver. Ouais comment dire, la taille de mes seins ne permet pas de déterminer mon degré de badassitude. D’ailleurs heureusement sinon je serais pas bien badass moi… Et encore, là je ne vous parle que de la sous-représentation des femmes… Mais elles ne sont pas les seules à en pâtir. On y reviendra !

Fortes de ce constat nos 3 sructures rouennaises ont décidé de s’associer pour sensibiliser les plus ou moins jeunes à cette problématique à travers une exposition, un documentaire sous formes d’épisodes et des ateliers pour les enfants et les plus grands.

Geekmick & Matiere Geek à Game'Her
Heyyy c’est mon poto Matière Geek et moué !

Du 24 Mai au 28 Juin, une exposition était donc proposée à l’Ecole Supérieure d’Arts et Design de Rouen. L’occasion de (re)jouer à des jeux vidéo sortant un peu des représentations caricaturales habituelles de la femme qui attend d’être sauvée. On pouvait aussi y découvrir les oeuvres de Yatuu, Ba, Pix3l Asylum, Citémômes, Jason Ratliff, Holepsi et Sylvain Sarrail. Après avoir fait un petit tour de l’expo on pouvait se poser pour visionner le documentaire Game’Her diffusé sur vidéoprojecteur. Docu très intéressants avec différents points de vue d’expertes et experts, de chercheuses et chercheurs ou tout simplement de passionnées et passionnés de jeux vidéo comme moi. Si vous n’avez pas pu vous rendre à l’expo, sachez que vous pouvez visionner l’intégralité des épisodes sur la chaîne Youtube de Pix3l. Il y en a 6 d’environ 10 minutes au total. Je vous mâche le travail en vous mettant le 1er épisode ci-dessous 😉

L’atelier Queer Games en compagnie de Reset

Atelier Queer Game pour l'expo Game'Her

Commençons par un petit point définition. Savez-vous ce qu’est un queer ? Personnellement j’étais plutôt incapable de le définir clairement quand on m’a demandé à l’atelier. Pour moi ça évoquait surtout quelqu’un qui assume sa différence voire la revendique. Ça, c’est la vision hyper optimiste dira-t-on, car à l’origine queer est un mot anglais signifiant « étrange » « bizarre » « peu commun ». Le terme est apparu dans les années 80 pour désigner les « identités non-conventionnelles (LGBT soit les personnes non hétéronormées) sous un même terme » nous dit-on sur wikipedia.

Une fois qu’on a ça en tête, on comprend déjà plus facilement ce que sont les queer games. Mais appuyons-nous sur la définition du Reset, l’asso qui animait l’atelier :

Le terme de “queer game” ne définit pas un genre de jeu spécifique ou un gameplay particulier, comme cela peut être le cas pour les jeux de rôle ou les jeux de tir par exemple. Le terme de “queer game” est employé pour parler d’un ensemble très vaste de jeux créés par et pour des personnes queers, souvent épuisé·es d’être invisibles ou représenté·es par des stéréotypes blessants dans les jeux vidéo. Ces conceptrices et concepteurs reprennent possession d’un média, le jeu vidéo, et de ses moyens de production, pour créer des jeux et y représenter des identités, des situations, des corps et des sexualités diverses. Il s’agit aussi de créer des jeux accessibles, peu coûteux ou gratuits, qui ne demandent pas un temps long de jeu ou d’apprentissage.

Atelier Queer Game pour Game'Her Rouen
Moossye aka Marion Coville est tout à droite avec les lunettes, de dos c’est nous ! 🙂

L’atelier Queer Games a vu le jour en janvier 2015 à la Mutinerie. Il a été initié par Zora et Moossye (aka Marion Coville, chercheuse post-doctorante que vous avez peut-être déjà aperçue sur les docu Arte Creative sur les représentations de la femme dans les Jeux Vidéo, je les avais partagé sur ma page). Ouvert a toutes et à tous, y compris et surtout à celles et ceux qui pensent qu’ils n’ont pas les compétences pour jouer coder ou créer, l’atelier est né d’une certaine lassitude.. Un ras-le-bol de se sentir mises à l’écart ou regardées de haut lorsqu’elles se rendaient dans des hackerspaces « traditionnels ». Pas de ça dans les ateliers Queer Games : on utilise volontairement pas de mots compliqués pour ne pas exclure les débutants, on ne juge pas les autres et on privilégie l’entraide et la bienveillance.

Femmes, hommes aussi, lesbiennes, gay, bi, trans.. l’atelier Queer Games est un lieu où chacun peut venir comme il est, avec son niveau, sans subir aucun jugement. Bref un lieu où on peut bidouiller en toute tranquilité. Un lieu qu’on ne devrait même pas avoir besoin de créer en fait ?! ^^

Dans le cadre de l’expo Game’her les filles, Zora et Mossye ont accepté d’exporter leur concept au Musée de l’Éducation de Rouen. Nous étions donc 6 participants, hommes et femmes, gamers ou non à vouloir apprendre à créer un petit jeu vidéo queer.

Découverte des travaux d’Anna Anthropy

L’atelier est l’occasion de nous présenter les travaux d’Anna Anthropy. Conceptrice de jeux vidéo américaine elle est aussi l’avocate de la cause transgenre. Elle utilise le jeu vidéo comme support de sensibilisation, mais aussi comme un moyen de raconter des choses qu’elle a vécue. C’est notamment le cas du jeu Dys4ia, oeuvre autobiographique dans laquelle Anna raconte son expérience avec la thérapie de remplacement d’hormones. Une métaphore vidéoludique des différents obstacles qu’elle a dû affronter.

Livre d'Anna AnthropyOn a pu tester aussi un jeu au concept super fun et pas si simple : Triad. Dans ce puzzle game on doit réussir à faire dormir 3 personnes dans un lit sachant que l’un ronfle mais ne bouge pas, l’une roule, l’autre bouge toujours ses pieds dans le sens inverse, le tout avec un chat qui a sa place fétiche sur le lit.

Vous pouvez retrouver toutes ses créations sur itch.io et elle a aussi sorti un livre qui me fait de l’oeil « Rise of the Videogame Zinesters: How Freaks, Normals, Amateurs, Artists, Dreamers, Drop-outs, Queers, Housewives, and People Like You Are Taking Back an Art Form », sorte de manifeste pour le jeu vidéo alternatif mais aussi un petit guide pratique pour faire ses propres jeux.

Premiers pas sur Twine

Assez joué, à notre tour de créer un jeu ! Enfin surtout un scénario de jeu à travers une arborescence. On découvre pour la première fois Twine, logiciel open-source pour raconter des histoires interactives et non linéaires. Ça a l’air très simple d’utilisation et pourtant ça semble aussi offrir pas mal de possibilités.

Mais avant de bosser dessus, les filles nous demandent d’écrire notre histoire et les choix que les joueurs devront faire, un peu à l’image du Livre dont vous êtes le Héros. Heureusement, pour développer notre imagination un peu timide,  elles ont préparé des petits papiers avec des situations, des personnages, des objets et des super pouvoirs à intégrer dans l’histoire. Comme des grands enfants on se retrouve à piocher des papiers et inventer des histoires sans queue (sans mauvais jeu de mot) ni tête. Tout le monde adhère totalement au concept !

Pour vous donner une idée voici ce qu’on a pioché :

  • Situation : une météorite menace de s’écraser sur la planète des dinosaures. Vous avez 10 jours pour les sauver.
  • Personnage : cyborg mutante, ceinture noire de karaté féministe
  • Super pouvoirs : une bactérie. On a choisi le staphylocoque doré. 😀
  • Objet : une poule.

À partir de là nous avons décidé de raconter l’histoire de Veronica 2040 qui débarque sur la planète des dinopatriarches pour les sauver de la météorite afin de les convertir au féminisme. Mais une poule pourrait bien tout faire foirer…

1ers pas sur Twine à l'atelier Queer Games
« On dirait qu’elle a un super pouvoir de staphylocoque doré ??! » Ça bosse dur sur Twine avec le Geek !

Une fois qu’on a tout posé à plat avec Le Geek et Dame Gügü de Pix3l qui avait très envie de jouer avec nous, on a pu se familiariser à Twine. Le logiciel est vraiment très simple à utiliser et permet en quelques clics de créer une petite histoire aux multiples possibilités. On peut même y intégrer des images, des vidéos…

June, pour sa part nous a concocté une histoire bien fun sur la planète Chat où tous les rôles sont inversés et où les êtres humains sont les animaux de compagnie des chats.

Autant vous dire que le moment où chacun a dû faire tester sa petite histoire a été un bon moment de rigolade, d’encouragements… Bref de bienveillance quoi ! On est tous ressortis avec l’envie d’écrire tout plein d’histoires et attendez-vous d’ailleurs à les voir débarquer très vite sur le blog ! Je reviens tout bientôt pour vous expliquer un peu comment ça fonctionne, rien de bien compliqué vous verrez ! 😉

En attendant, je vous laisse juste avec un tout petit exemple de ce qu’on peut faire sur Twine quand on débute, pour cela il vous suffit de cliquer juste ici : tu-preferes ! 

Pour de vraies histoires avec images, vidéos et autres effets il va falloir attendre un peu ! 😉

Un grand Bravo aux associations Pix3l, Ethlan et au Collectif des Salopettes pour cet événement. Et un grand merci à Zora et Moossy pour l’accueil et l’atelier ben fun !

Et si vous êtes parisien, n’hésitez pas à vous rendre à un atelier Queer Games à la Mutinerie ! Ça reprend dès la rentrée et c’est franchement très très sympa pour réveiller sa créativité ! D’autres ateliers sont aussi proposés au hackerspace, notamment des ateliers pour apprendre à crypter ses données, à créer un serveur… Toutes les infos sont sur le site Le Reset.

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