[Lecture] Commando culotte : les dessous du genre et de la pop-culture

Entre deux Fables, je me suis laissée tenter par un tout nouveau genre de lecture. Un genre vers lequel je ne me serai jamais tournée il y a quelques années. Mais bon, en tenant un blog « geek féminin » je suis de plus en plus amenée à réfléchir et discuter sur la problématique du sexisme dans le jeu vidéo, et plus largement dans la pop-culture.

J’étais partie pour acheter le Tome 8 de Fables, qui n’était pas dispo chez mon libraire, et je suis donc repartie avec une nouveauté : « Commando Culotte : les dessous du genre et de la pop-culture » de Mirion Malle, que vous pouvez retrouver sur son blog Commando Culotte.  Créé en 2011, celui-ci est progressivement devenu son lieu d’expression sur les séries, le cinéma et le féminisme. Le tout traité avec toujours beaucoup d’humour !

Sortie le 15 janvier aux éditions Ankama, label 619 (connu pour laisser une grande liberté d’expression à ses auteurs), cette toute première BD de Mirion Malle reprend les dessins de son blog (redessinés pour l’occasion) ainsi que des inédits traitant d’une problématique en lien avec le sexisme (ex : la friendzone, la culture du viol) à travers des exemples qui nous parlent tous et qui nous conditionnent (même si c’est dur de l’admettre) : des séries ou des films emblématiques de la pop-culture (Six Feet Under <3, Love Actually, Game of Thrones…).

Je dois d’ores et déjà vous avouer un truc : j’ai beau m’affirmer en tant que gameuSE et m’amuser à rire sur la thématique, comme avec ma parodie d’Always, cela ne signifie pas pour autant que je me considère comme une féministe. Je ne cherche pas à me justifier, être féministe n’est pas une honte ou « un truc de nanas relous ». Mais je ne me suis jamais vraiment intéressée à la place occupée par mon genre dans les séries et films que je regarde, ainsi que dans les jeux auxquels je joue. A vrai dire, je suis davantage scandalisée par des « jeux pour fille » type Léa Passion (alors cuisine, mode, ou équitation ?) que par les gros seins de Lara Croft dans les premiers Tomb Raider, mais sans doute aussi parce que je me pose tout un tas de questions quand je joue/regarde, mais pas celles-ci.

Je sais, je suis « féministement » passive c’est mal ! Mais il n’est jamais trop tard pour y penser ?!

L’effet Matrix

Mirion Malle commence très fort sa BD avec une préface efficace rédigée par Mar_Lard, gameuse féministe militante dont vous avez sûrement entendu parler, avec une belle conclusion-introduction à la clé.

La critique féministe n’est pas celle d’un public censeur : c’est celle d’un public exigeant.
Faisons mieux que cela.

Si Marion Malle parle avant tout des clichés sexistes présents dans la pop-culture, sa vision est bien plus large. Elle s’intéresse aussi à la représentation ethnique et sexuelle. Ce qui peut parfois nous perdre un peu dans la problématique annoncée mais a un sens : nous sommes tous victimes d’une représentation stéréotypée dans stéréotypes et IRL, et sommes ainsi tous concernés.

A l’image de l’effet Matrix (apparemment connu chez les féministes ?), servant d’introduction à son propos, Mirion Malle nous tend sa BD en guise de pilule rouge pour nous faire réaliser que le sexisme, et les stéréotypes au sens plus large, sont PARTOUT.

En réponse aux classiques négations de petits bonhommes masculins – au passage stéréotypés en trouducul ne sachant pas se remettre en question – elle invoque des références pop-culture qui nous parlent à tous : Game of Thrones (pas taper, je regarde pas, je me suis endormie devant le 1er épisode à 2 reprises, et cette lecture ne m’a pas donné davantage envie de regarder), American Pie, Big Bang Theory, Juno, Six Feet Under, Love Actually, Starship Troopers… Tout y passe, et en prend plus ou moins pour son grade.

On se surprend même à se dire « oh nan il y est celui-là ?! » en retrouvant son film/sa série fétiche dans la liste de ses victimes. Mais Mirion ne se contente pas de dire du mal de ces oeuvres, bien au contraire. Elle mêle avec équilibre (sauf quand trop c’est trop) critiques positives et négatives.

Tout comme nous, ce sont des oeuvres qu’elle a apprécié mais pour lesquelles elle ne peut s’empêcher de relever des points négatifs avec des scènes gênantes derrière lesquelles se cachent des messages pas toujours très jolis-jolis.

Si certains sont évidents et avaient déjà heurté ma micro-conscience féministe, d’autres m’avaient complètement échappés et m’ont pourtant paru assez affligeants une fois illustrés et décrits par les traits grossiers (assumés hein) de Mirion. Certaines scènes illustrées, que j’ai parfois eu du mal à resituer, m’ont même donné envie de revoir les films en question, aussi nazes soient-ils.

Pour d’autres, comme Starship Troopers, c’est un quasi sans-faute (ah ouuf !).

Je ne suis pas forcément toujours tombée d’accord avec Mirion et j’ai parfois trouvé certaines de ces critiques de mauvaise foi : UN personnage complètement cliché et sexiste au milieu de personnages « dégenrés » et sympathiques ne me choque par exemple pas. Certaines personnes sont de vraies clichés à elles toutes seules. Les gros machos existent et méritent donc aussi leur place dans les films, aussi détestables soient-ils. Cela peut être aussi une façon de montrer du doigt leur attitude, sans que celle-ci soit prise comme un modèle à suivre.

En revanche il semblerait qu’on partage la même opinion sur certaines célébrités, comme Jean-Marie Bigard, dont elle dessine un portrait bien moche pour témoigner de son degré d’affection envers lui. Et j’avoue que ça et ses dessins qu’elle reconnaît avoir ratés, (Hugh Grant) mais n’a volontairement pas refaits, m’ont beaucoup fait rire.

Ce n’est sans doute pas pour le délire graphique que vous vous tournerez vers Commando Culotte. Sa BD est plutôt une sorte de carnet de croquis. Mais le fond dépasse très vite la forme. Certaines planches sont cependant tellement remplies d’informations et de petites annotations gribouillées à droite à gauche qu’on s’y perd un peu parfois. Je conseille d’ailleurs de le lire en petits morceaux, une thématique par-ci, une thématique par-là. Mais c’est aussi là tout le charme de la BD. On ressent toute la spontanéité et l’humour de la blogueuse avec qui l’on a presque l’impression de discuter en direct. Je suis totalement rentrée dans son univers et me suis parfois reconnue dans son humour et son côté foufou.

Commando culotte : pages intérieures

Serais-je devenue féministe ?

Alors cette pilule rouge ? Je ne sais pas si je me considère plus féministe après cette lecture, et on s’enfiche, mais une chose est sûre : il ne m’a pas laissée indifférente.

Mirion Malle parvient à aborder des thématiques sensibles comme la culture du viol et le slut-shaming et propose surtout un bon outil d’analyse pour tous ceux qui souhaiteraient se pencher un peu plus sur le sujet.

Vous y apprendrez peut-être comme moi de nouveaux procédés d’analyse comme le « Test de Bechdel », qui vise à démontrer par l’absurde comment les oeuvres scénarisés sont centrés autour du genre masculin des personnages. Pour passer le test, une oeuvre doit répondre aux trois affirmations suivantes :

  • L’œuvre a deux femmes identifiables (elles portent un nom) ;
  • Elles parlent ensemble ;
  • Elles parlent d’autre chose que d’un personnage masculin.

Eh bien croyez-moi, peu de films passent le test. Et pourtant nous les gonz’ on est bien loin de parler que de mecs quand on est entre nous. On parle plutôt fringue, maquillage et épilation. AHAHA ! Bref.

Si je ne suis pas certaine d’analyser le moindre film/jeu vidéo ou la moindre série à travers le prisme du genre, cela ne m’a fait fait de mal de me souvenir que, comme beaucoup d’entre nous (j’espère hein ?!), j’ai moi-même contribué aux stéréotypes de genre et tenu des propos sexistes (mais ça c’était avant!).

Hannn, t’as vu sa robe ras-la-f*** ?! C’te ********* !

Ouais, moi j’ai + de potes mecs, parce que les mecs c’est souvent moins prise de tête.

Allez, que le ou la première qui n’a jamais tenu un propos de ce type me jette la première pierre !

Et c’est naze ! Alors sans être constamment sur la défensive et sans systématiquement refuser d’apprécier toute oeuvre un brin stéréotypée (il ne resterait plus grand-chose à se mettre sous la dent), essayons d’être un peu plus critique vis-a-vis de ce que les médias nous propose, et AUSSI vis-a-vis de nous-mêmes, bordel !

Commando Culotte c’est avant tout un joli message de tolérance envers les gros, les petits, les mecs efféminés, les nanas garçons manqués, les maigres, les pouff’, les gay, les trans’… Et ça, ça fait de mal à personne ! Le tout à travers des références pop-culture plutôt bien décryptées avec un ton toujours drôle, jamais agressif !

Alors à acheter (15,90 €) ou à emprunter / prêter aux copains et copines !

Et suivez Mirion Malle sur Twitter (attention beaucoup de photos de JCVD, son idole :D), facebook, sur son blog et même sur sa chaîne Youtube (qui me confirme que Mirion, tu as l’air un peu folle, tu pourrais trop être ma pote !).

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1 Comment

  • Ton analyse évolue! c’est chouette Violaine!
    Mais il n’empêche que quelque chose continue toujours de me déranger.
    Cette peur du mot « féminisme ».

    Je conçois bien que ce mot traine une mauvaise réputation depuis de longue années.
    Comme tu l’as fait remarquer; « féministe », on pense à la nana relou, le chien de garde, l’intransigeante… qui finalement, par leur méconnaissance des fondements même du féminisme, mettent à mal son véritable sens:

    « Le féminisme est un ensemble de mouvements et d’idées politiques, philosophiques et sociales, qui partagent un but commun : définir, établir et atteindre l’égalité politique, économique, culturelle, personnelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes. Le féminisme a donc pour objectif d’abolir, dans ces différents domaines, les inégalités homme-femme dont les femmes sont les principales victimes, et ainsi de promouvoir les droits des femmes dans la société civile et dans la sphère privée. »

    Et bizarrement, je ne te vois pas trop astiquer méticuleusement ton ménage en disant :
    « oui oui mon chéri, je fais la vaisselle tout de suite » 😉 .

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