Hellblade : Senua’s Sacrifice – Voyage pathologique en territoire viking

Test PC - Hellblade : Senua's Sacrifice

Bon, ça fait à peu près 10 minutes que j’écoute la soundtrack de Hellblade : Senua’s Sacrifice (ô combien géniale) en cherchant un titre d’article à la hauteur de l’expérience que je viens de vivre. Je me suis dit que j’allais commencer ce test et pour le titre on verra plus tard.

Mettons-nous en condition avec l’une des plus belles musiques du jeu à mes oreilles :

Plaid ok, musique ok, boisson chaude ok, Balec (le chat, tu suis pas) sur entre l’écran et le clavier ok. 

Annoncé en 2014 par Ninja Theory (Heavenly Sword, Enslaved : Journey to the West, reboot de Devil May Cry), « Hellblade : Senua’s Sacrifice » est sorti seulement 3 ans plus tard, le 8 août 2017, sur PC et PS4. Pour cause : pendant 3 ans les employés du studio ont bûché les troubles psychotiques avec des professionnels et des patients. On comprend d’ailleurs dès l’introduction que le studio ne compte pas nous ménager :

« AVERTISSEMENT : ce jeu propose des représentations de la psychose. Des personnes ayant une expérience de la psychose ainsi que des professionnels de la psychiatrie ont participé à leur création. Certaines personnes, y compris celles qui ont déjà vécu des expériences similaires, pourront trouver ces représentations dérangeantes. »

A mon avis, ils devaient être bien contents d’avoir des épisodes de Disney Infinity à bosser en parallèle pour pouvoir manger et ne pas sombrer dans la dépression ! Il fallait une sacrée paire de cojones (et d’ovaires) pour aborder ce thème très tabou dans le monde vidéoludique (et pas que) et surtout rempli d’idées reçues.

Comme certains j’étais plutôt emballée par cet angle original, même si je me suis d’abord dit à tort, « mouais l’héroïc fantaisy, c’est franchement pas ma came ». Sauf qu’Hellblade : Senua’s Sacrifice ne peut pas vraiment être qualifié comme tel. En fait, Hellblade ne rentre pas vraiment dans une case. Même s’il manque peut-être une case à Senua ohoh ahah. Ou alors si vous en voulez absolument une, je dirais que c’est la case « jeu dont on ressort grandi, à ne rater sous absolument aucun prétexte ». Ça vous va ?

Picte or it didn’t happen

Hellblade : Senua's Sacrifice

Hellblade nous emmène à Orkney, archipel en Ecosse autrefois habité par les Pictes jusqu’à être sauvagement annexé par les Vikings. Il ne reste donc que très peu de survivants Pictes. Parmi eux, la vaillante Senua, qui a gardé le look coutumier de la tribu avec ses peintures de guerre sur le visage, sa fourrure, ses bijoux et sa coiffure recouverte de chaux.

Notre guerrière celte est ici pour sauver l’âme de son amour de jeunesse, Dillion, que les vikings ont brutalement sacrifié à leur dieu. Il ne lui en reste plus que la tête qu’elle trimballe un peu partout entourée d’un tissu (sont chelous ces pictes). Est-ce bien réel ? Aucune idée mais c’est en tout cas la réalité de Senua. Impossible, finalement, de savoir si on est en territoire viking ou dans un délire hallucinatoire.

Hellblade : Senua's Sacrifice

Seules quelques minutes suffisent pour plonger dans la psychose de Senua. Dès les premiers coups de rame sur les rivages de Hel, les voix se font entendre de tous les côtés. Justifiant immédiatement l’importance du casque audio pour pouvoir profiter du son binaural. Moqueries à ma droite, encouragements à ma gauche, inquiétudes lointaines… L’effet est plus que réussi et on se fait très vite happer par l’atmosphère anxiogène du jeu.

Graphismes Hellblade Senua's Sacrifice
Mate moi donc ces jolis effets de lumière !

Sans parler de la beauté des décors, si on peut bien sûr parler de beauté puisque la plupart des lieux est jonchée de cadavres encastrés. Dès les premières minutes de jeu on joue les touristes en prenant de nombreux clichés (le jeu propose d’ailleurs un mode photo) des paysages mais aussi de la très charismatique Senua au regard qu’on pourra qualifier de fou ou déterminé. Question de point de vue !

Le regard fou de Senua - Hellblade : Senua's Sacrifice

Pour la petite anecdote, Senua est (divinement bien) interprétée par Melina Juergens qui n’est à la base pas du tout comédienne, mais monteuse vidéo chez Ninja Theory. Elle n’était donc pas prévue pour le rôle et c’est lors d’un test du motion capture pour une grosse crise d’angoisse qu’ils se sont rendu compte qu’elle était parfaite pour le rôle. Son interprétation lui a d’ailleurs valu une récompense aux Game Awards il y a quelques jours !

Et tu tailles, tailles, tailles

Les combats dans Hellblade : Senua's Sacrifice

Côté gameplay, Hellblade : Senua’s Sacrifice se définit comme un jeu d’action, voire hack ‘n’ slash si on se fie au premier résultat google (wikipedia). Effectivement, on taille et on tranche pas mal de hordes de vikings dès les premières minutes de jeu et on gagne en puissance au fil du jeu. Il faut bien reconnaître que c’est assez jouissif ! Par contre c’est à peu près le seul truc que le jeu a en commun avec un hack ‘n’ slash. On pourrait à la limite plus le qualifier de beat’em all.

Bon, en vrai on s’en fout car, à mes yeux en tout cas, ces combats sont surtout là pour imager le combat de Senua contre ses propres ténèbres. Ça monte crescendo et le système de combat a beau être un poil répétitif ça fournit largement le lot de stress et d’émotions attendus. D’autant plus qu’un vrai enjeu nous est donné dès le premier combat : à chaque mort, la pourriture se répand dangereusement sur Senua, au risque de nous contraindre à recommencer la partie depuis le début si on meurt trop souvent.

Si ça peut vous rassurer je suis loin de me considérer comme une hardcore gameuse, et je n’ai pas eu à recommencer. Enfin si, une fois, parce que (ivre) j’ai voulu montrer le jeu à un copain et j’ai appuyé sur « Nouvelle partie ».

Les morts - Hellblade : Senu'as Sacrifice

Pour les challengers stressés de la manette, genre Le Geek, je conseille cependant de passer direct en mode difficile. Comme ça vous arrêtez de faire vos relous en mode « ouain c’est trop fastoche, ouain j’memmerde » et vous en chiez (un peu) direct ! Car pour ma part, j’y ai joué en mode auto, c’est à dire difficulté progressive, et au début ça peut paraître un peu trop simple… Cela dit je ne cherchais pas vraiment la difficulté mais plutôt les sensations. Et de ce côté là les combats offrent des scènes spectaculaires et assez jubilatoires. Petite parenthèse, ma carte graphique (GTX 1060) a même parfois eu parfois du mal à suivre en ultra. J’ai dû revoir la qualité à la baisse (du mode « très élevé » à « élevé » quoi, ça reste honnête).

Mention spéciale pour le boss de feu Sturt et le joli combat final sur fond de petit son électro bien progressif (celui que je vous ai glissé en intro en fait). La soundtrack tantôt epic-viking (ouais j’ai inventé un nouveau style de musique) tantôt epic-dance (pas trop smooth un peu trance) a son petit rôle à jouer dans l’intensité des combats, sans parler des jolis ralentissements dont vous pourrez user et abuser en enchaînant les jolis coups.

Test PC Hellblade : Senua's Sacrifice

Pour le reste il s’agit surtout de déplacements très basiques, avec la possibilité de grimper ou d’enjamber mais aussi de vous focaliser sur un élément pour en apprendre plus sur la mythologie nordique ou déclencher une cinématique (généralement un flashback). Certes, on est pas dans Uncharted, mais on regrette les murs et couloirs invisibles qui viennent un peu alourdir le tout. Sans parler des quelques bugs du genre des cinématiques qui ne se déclenchent pas : « euh ça fait 3 plombes que j’essaye d’ouvrir cette porte, un peu comme quand je suis trop petite pour déclencher une ouverture de porte automatique et que j’en suis à mon 3ème aller-retour sous les yeux moqueurs des vendeurs ».

On stay focus les gars !

Vous ne vous contenterez pas de dégainer votre grosse épée, puisque votre matière grise est (un peu) sollicitée dans Hellblade à travers des énigmes plutôt simples qui demandent surtout un sens de l’observation un peu inhabituel. L’énigme principale est assez dure à expliquer (c’est notamment à ça que va servir mon test vidéo) mais grosso merdo vous devrez vous concentrer sur des éléments du décor en jouant parfois sur les perspectives pour y trouver des formes.

Les énigmes dans Hellblade : Senua's Sacrifice

Si ces énigmes sont parfois un brin exaspérantes (« elle est où cette foutue croix bordel ? ») elles s’apparentent selon moi à des sortes d’idées fixes propres à la psychose de notre chère Senua. Sa logique l’obstine à assembler des couleurs, des lumières ou des éléments du décor sans importance à nos yeux pour pouvoir avancer dans sa quête. Du coup, on a beau trouver ça un peu chiant (comme cet article), on respecte le parti pris et on se dit qu’on est bien obligé d’aider Senua. Qui d’ailleurs n’hésitera pas à briser le quatrième mur pour nous rappeler qu’elle a besoin de nous. « Hey j’ai besoin que vous continuiez de lire les gars, c’est bientôt fini ! »

Sans en dire trop pour ne pas vous spoiler, la dernière partie du jeu prend selon moi une tournure intéressante qui permet de donner un second souffle au gameplay avant même qu’on ait le temps de se lasser. Elle se veut être une sorte d’examen final permettant de valider les différentes capacités acquises au fil de l’aventure en y ajoutant une difficulté supplémentaire.

En bref, pas de place pour la lassitude durant les 8 à 10h de voyage qui vous attendent ! Ce qui n’est franchement pas dég vu le prix (30€ sur Steam & sur le PS).

Geilt ou voyage pathologique ?

Hellblade : Senua's Sacrifice

En regardant le documentaire sur Hellblade, j’ai appris quelques trucs sur les psychoses mais aussi sur la mythologie nordique. Le titre de l’article pourra vous laisser imaginer lequel de ces deux sujets m’a le plus inspiré.

Déjà, un nouveau mot : le « geilt« . Senua est en celte ce qu’on appelle une « geilt », c’est à dire une guerrière souffrant de démence suite à une bataille, un chagrin ou tout autre événement traumatisant. A l’époque, la seule façon pour les « geilt » (et non « guilt ») de vaincre leur sort était de partir seul en voyage initiatique en forêt pour apprendre à vaincre leurs démons et obtenir leur rédemption.

Si on est plus « terre à terre », on peut lire le jeu autrement : avec l’angle du voyage pathologique. Après tout, à l’image de Don Quichotte, Senua pourrait « simplement » être une grande amatrice de mythologie nordique qui a un peu abusé des livres et se croit en quête de l’âme de son feu guerrier Picte.

De nombreuses interprétations sont sans doute possibles. Je n’irai pas plus loin car avec ces petites pistes je ne vous spoile rien sur le dénouement de l’histoire… Promis. Mais je serais ravie de discuter de vos interprétations une fois le jeu fini !

Mais au fond on s’en fout, nan ?! Tain « who cares » aurait fait mieux, putain de langue française.

Mythologie Nordique Hellblade : Senua's Sacrifice
Les fameuses runes de savoir pour en apprendre plus sur la mythologie nordique.

La vérité, c’est que tel un serious games en 100 fois plus sexy, Hellblade : Senua’s Sacrifice parvient bien mieux que n’importe quelle encyclopédie à nous faire découvrir la psychose sous différentes facettes : crises d’angoisse, hallucinations, délires, paranoïa, privation sensorielle. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il retranscrit parfaitement bien la maladie, puisque « ma mère m’a fait faire des tests » (petite private joke pour les fans de TBBT), mais en tout cas il joue bien avec notre sang froid. Si bien qu’on se surprend parfois à supplier les voix de la fermer ou à oublier de respirer plusieurs minutes (ouais je suis balèze en apnée).

On ne peut qu’être bouleversé par l’histoire de Senua ! Et ce grâce aux talents de Melina Juerguens (m’étonnerait pas qu’elle se fasse débaucher pour des films tiens) mais aussi à une bande-son et une direction artistique soignée et cohérente du début à la fin.

Si vous hésitez encore, et n’avez pas peur d’être spoilé n’hésitez pas à aller jeter un oeil au documentaire en VOST ! Il confirme que Ninja Theory a fait un boulot de malade pour se rapprocher au plus près de la réalité (enfin tout du moins de celle des personnes souffrant de psychose, « expérience » qui peut nous paraître si abstraite) :

Elu coup de coeur Geekmick 2017 ! On lui donne easy le label Bien Foutu les Potes !

Découvrez bientôt mon test vidéo !

Note

8/10
J’ai aimé

  • La bande-son
  • Le jeu d’actrice de Melina Juerguens qu’est même pas une actrice
  • Le sujet des psychoses jusqu’ici pas ou très peu abordé
  • Les somptueux graphismes
  • J’ai pris une claque, et moi j’aime quand ça claque !
J’ai moins aimé
  • Les énigmes un peu relous par moment
  • Les petits bugs
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    2 Comments

    • Oh la la! Déjà le jeu m’avait intriguée à sa sortie parce que les psychoses et tout ça… Bah ça me fascine. Alors que mon sujet préféré de réalisations au cinéma soit le sujet principal d’un jeu, j’avais dit BORDEL I NEED IT. Maaaaais je ne savais pas trop ce que ça allait donner niveau gameplay. Pour le coup j’attends juste ta vidéo pour confirmer mon choix et je le commande sur le PSN juste après 😀

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