Blade Runner 2049 : la vraie suite que j’attendais

Mon avis sur Blade Runner 2049

Au cas où vous ne le sauriez pas (encore), je suis une très grande fan de Blade Runner. Comme souvent, j’ai fait les choses à l’envers : j’ai connu Blade Runner tout d’abord à travers son
adaptation vidéoludique sortie à mes 8 ans, en 1997. Une fois le jeu vidéo dévoré, je me suis précipitée sur le film puis sur le livre de Philip K. Dick, « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? », puis j’ai refait le jeu. Ouais, j’étais un peu obsédée par l’univers de Blade Runner à l’époque. Allez savoir pourquoi ! Toujours est-il que quand j’ai su qu’un Blade Runner 2049 était prévu, j’ai poussé mon cri de joie « HEUOUHEUOUHEUOU » (entendre un bruit de phoque / de Joey Starr au choix).

Après je me suis dit, « bon, calme ta joie » : c’est 30 ans plus tard, c’est Ryan Gosling – je l’ai trouvé très bon dans certains films, beaucoup moins dans d’autres et puis Harrison Ford c’est mon papy spirituel – c’est plus Vangelis et surtout c’est plus Ridley Scott ! Cela dit, même si je ne connais pas bien la filmographie de Denis Villeneuve (Premier Contact, apparemment très bon, toujours pas vu, mais aussi Sicario, Enemy…), je ne peux pas nier qu’il est vu comme l’un des meilleurs cinéastes actuelles pour beaucoup de cinéphiles. Et, soyons totalement honnête, on ne peut pas dire que je sois une cinéphile.

Ne vous attendez donc pas à de la graaaande critique cinématographiqueuuuh roulée sous la peau de mes ovaires. Ce n’est pas le bon endroit (go Le Monde). Je viens simplement vous donner mon petit point de vue d’enfant devenue adulte (ou presque) fan de Blade Runner, du film, du jeu vidéo, du livre de Philip K. Dick.

En route pour le cinoche j’étais à la fois intriguée et préparée à assister une fois de plus à une suite complétement ratée (à chaque fois que je vais voir un film en salle obscure ces derniers temps, je suis déçue, excepté pour Ça). Bah ouais, même si je n’ai pas l’âme d’une grande critique, les studios hollywoodiens m’ont plutôt habituée à de grosses déceptions côté suites et reboots ces derniers temps. Et là, quand on touche à ma petite madeleine de Proust, c’est d’autant plus frustrant. Verdict ?

Human after all

Ryan Gosling K. dans Blade Runner

« En 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par la bioingénierie. L’officier K est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Son seul espoir est de retrouver Rick Deckard, un ancien Blade Runner qui a disparu depuis des décennies… »

Nous voici donc plongés 30 ans après Blade Runner dans la peau de K aka Joe pour les intimes (Ryan Gosling). Tout comme Deckard, K est un Blade Runner à qui il reste encore quelques rebelles à éliminer. Sa nature n’est cependant pas gardée longtemps secrète : il s’agit d’un répliquant nouvelle génération, pour cette raison méprisé de ses collègues et voisins, « bouge de là sale gueule d’humain ». La solitude semble bien résumer sa vie. Quoique…

La première chose qui m’a frappée dans Blade Runner 2049, c’est que les frontières entre humains et répliquants sont bien plus brouillées que chez son prédecesseur. Ce futur que Denis Villeneuve nous fait voir semble beaucoup plus lointain, plus dystopique et moins réaliste que dans l’univers de Ridley Scott. En même temps, difficile pour moi de prendre du recul aujourd’hui, alors que je viens de remater Blade Runner qui était censé se dérouler en 2019 (soit dans 2 ans). Peut-être que dans 30 ans je me dirais « ah tiens je l’avais pas vu venir ce robot baby-sitter ».

« Plus humain que l’humain » telle était la devise de Tyrell Corporation. Il semblerait que celle-ci prenne tout son sens dans Blade Runner 2049. Les humains, enfin ce qu’il en reste, semblent dépourvus de sentiments alors même que les robots en débordent. Si bien qu’on tomberait presque dans le piège de Joi, conjointe virtuelle de K à qui l’on confierait le bon dieu sans confession. Divinement bien jouée par l’actrice Ana de Armas, Joi semble être la petite amie parfaite pour K . Ce qui donne d’ailleurs lieu à une scène sexuelle… originale on dira !

Les humains rêvent-ils de robots sexuels ?

Joi dans Blade Runner 2049

Les femmes robots, dont les hologrammes hantent les rues, ont de nombreux avantages : elle vous disent ce que vous avez envie d’entendre, vous pouvez les désactiver dès qu’elles parlent trop ou dès que vous recevez un appel professionnel. Hum ça fait rêver. Seules quelques minutes pour constater que la femme-objet est au centre de Blade Runner 2049. Mais finalement, quand on voit qu’aujourd’hui IRL les robots sexuels plus vrais que nature commencent tout juste à faire parler d’eux, on se dit que ça peut aller vite…Qui sait… Peut-être que comme dans la société que nous montre Villeneuve, en 2049 les humains se méfieront de leurs semblables et préféreront se fier aux robots. Le plus frappant dans le film, c’est que les interactions humaines sont délaissées au profit des interactions humain/vs robot. Partager sa vie sentimentale avec un robot est quelque chose de tout à fait normal et assumé. C’est ancré dans les moeurs, si bien que même nous, spectateurs, ne sommes pas choqués de la situation. C’est ce qui rend selon moi suite beaucoup plus dark et dérangeante.

Sans jamais tomber dans un discours manichéen, Villeneuve arrive à nous faire accepter ce nouveau monde avec ses nouveaux moeurs. On assiste presque résignés à la décrépitude d’un monde qu’on a connu 30 ans plus tôt, alors qu’il partait déjà bien en cacahuètes. Pour autant, il a le mérite de ne pas trop jouer avec notre attachement sentimental en proposant une expérience totalement différente mais fidèle à Blade Runner.

Harrison Ford dans Blade Runner 2049

L’apparition courte mais intense d’Harrison Ford en troisième partie ainsi que les quelques clins d’oeil à son prédécesseur viennent, heureusement, apporter un peu de légèreté à Blade Runner 2049. Certes, Deckard n’intervient qu’à la troisième partie du film, mais tout juste assez pour réveiller les plus nostalgiques à l’aide de répliques ironiques propres au caractère du personnage. Et surtout, on est content de voir qu’il n’a pas perdu son endurance. Mention spéciale pour une scène de combat Deckard/vs K bien fun sur fond d’Elvis Presley.

Par contre, je vous arrête tout de suite : on ne vous dira toujours pas clairement s’il s’agit d’un répliquant ou d’un humain. Et heureusement ! Car, même si on connaît bien le point de vue de Ridley Scott depuis Blade Runner (suivez la licorne…), il serait inutile et irrespectueux de rouvrir ce débat insoluble pour lequel Harrison Ford et Ridley Scott n’ont jamais réussi à tomber d’accord. Même si le dirigeant de la société de fabrication de répliquants, Neander Wallace (Jared Leto) – finalement trop absent pour marquer les esprits – tentera d’influencer notre interprétation de l’histoire. Trouduc !

Wallace joué par Jared Leto dans Blade Runner 2049

Blade Runner 2049 surfe d’ailleurs un temps sur cette même position ambiguë qui a fait débattre nombre de fans. Le personnage principal est-il lui-même vraiment un réplicant ? Heureusement, le film ne tombe pas dans la facilité du scénario inversée de type « Oh mais en fait K découvre qu’il n’est pas réplicant mais humain » ! Réplicant ou non, K. est quelqu’un qui, comme vous et moi, a besoin de trouver un sens à sa vie. Et Ryan Gosling s’en sort finalement plutôt bien pour jouer ce rôle rempli de contradictions. Moi qui était assez perplexe par ce choix de casting, je trouve qu’il s’en sort plutôt bien. Même si, entre nous, je n’aurais jamais pu autant m’y attacher qu’au personnage de Deckard, et ce quelque soit le choix de l’acteur je pense. Blade Runner reste Blade Runner !

Si vous pouviez voir les choses que j’ai vu avec vos yeux

Blade Runner 2049 direction photographique

Visuellement, rien à redire, ce qui se passe devant nos yeux est complétement fou. Cela justifie d’ailleurs totalement le prix d’une place de cinéma. La beauté des images, les jeux de lumière, les panneaux publicitaires, le désert, les hologrammes sur fond de pluie… Le directeur de la photographie Roger Deakins pourraient bien avoir son tout premier oscar après nombre de nominations, et ça serait franchement bien mérité. C’est du plus bel effet, et surtout on a le temps d’admirer les décors sans se sentir submergé par un surplus de « regarde c’que j’sais faire » (après Valérian dernièrement ça m’a fait du bien).

Attention cependant : risque d’ennui pour les plus impatients ! Pas de Rihanna, pas d’échange de balles et de scènes de cascades incessantes, pas de fioritures.. C’est du contemplatif et ça tombe bien car les effets spéciaux sont d’une qualité époustouflante. Je n’ose imaginer ce que le film donne en 3D (curieuse d’avoir vos avis). Bref, comme je l’ai dit au Geek qui s’est malheureusement un peu ennuyé, on ne vient pas voir Blade Runner pour la testostérone, on vient pour les émotions. Et pour ma part, elles étaient bien là ! Entre nous, j’ai même retenu mes larmes sur la fin.

Un grand absent s’est néanmoins fait ressentir à mon plus grand regret : Vangelis. Sa musique aux notes mélancoliques si propres au compositeur m’a énormément manquée. Loin de moi l’idée de critiquer le travail de Hans Zimmer, oulah non. La bande-son apporte un petit plus, elle se laisse écouter mais elle ne remplace pas Vangelis qui épousait selon moi parfaitement l’ambiance du film. Bref, de ce côté, j’ai eu du mal à passer outre.

Dimanche dernier, une chaîne hertzienne diffusait Blade Runner. Je venais de le revoir pour la éniéme fois et préférais donc lire mon petit livre dans mon coin, Le Geek scotchait devant dans le salon, et, depuis la pièce voisine, la bande-son du film me foutait la chair de poule et la larme à l’oeil. Le moindre passage de Vangelis me replonge directement dans la mélancolie de la scène sans avoir besoin des images pour me souvenir. Je ne suis pas certaine que la bande-son de Hans Zimmer aura le même effet chez moi d’ici quelques années. C’est ce petit plus qui aurait pu énormément jouer sur cette ambiance que je n’ai pas tout à fait réussi à retrouver. Quand bien même cette suite a été aussi bien scénaristiquement que visuellement à la hauteur de mes attentes !

Blade Runner 2049

Denis Villeneuve a été très fort : il a réussi à me faire oublier ma crainte des 5 premières minutes de films. Celle de ne pas retrouver mon Blade Runner (et de taper une crise de mélancolie aiguë de vieille peau en mode « c’était mieux avant »). Je ne l’ai pas retrouvé, certes, mais je suis passée outre sans me forcer. Pendant ces 2h43, j’ai réussi à mettre de coté le souvenir indélébile que ce film m’a laissé pour être prête à recevoir ce que sa suite voulait me dire.

Je n’ai à aucun moment eu besoin de regarder l’heure et je ne me suis jamais sentie lésée en tant que « fan ». Bien au contraire : il a réussi à proposer sa propre interprétation, à aller là où je ne l’attendais pas, à proposer quelque chose de nouveau sans jamais donner l’impression de renier son prédécesseur. Et c’était là toute la difficulté !

J’vous laisse, je vais matter Premier Contact !

C’est cadeau !

Le Saviez-vous ? Comme 30 ans se passent entre l’intrigue de Blade Runner et Blade Runner 2049, Denis Villeneuve a eu la bonne idée de demander à trois réalisateurs différents de proposer un court-métrage plaçant l’histoire entre ces deux périodes. Ils ne changeront probablement pas votre interprétation du film mais valent tout de même largement le détour et je n’en avais personnellement pas du tout entendu parler avant la sortie du film.

Pour ceux qui seraient dans mon cas, voici les vidéos en accès libre sur Youtube :

Premier réalisé, par Luke Scott. Il suit Niander Wallace et présente un nouveau réplicant :

Second réalisé, toujours par Luke Scott. Il suit Sapper Morton :

Enfin le 3ème, un très bel animé cette fois-ci, réalisé par Shinichirō Watanabe présentant un réplicant nommé Iggy :

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