Blade Runner 2049 : la vraie suite que j’attendais

Mon avis sur Blade Runner 2049

Au cas où vous ne le sauriez pas (encore), je suis une très grande fan de Blade Runner. Comme souvent, j’ai fait les choses à l’envers : j’ai connu Blade Runner tout d’abord à travers son
adaptation vidéoludique sortie à mes 8 ans, en 1997. Une fois le jeu vidéo dévoré, je me suis précipitée sur le film puis sur le livre de Philip K. Dick, « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? », puis j’ai refait le jeu. Ouais, j’étais un peu obsédée par l’univers de Blade Runner à l’époque. Allez savoir pourquoi ! Toujours est-il que quand j’ai su qu’un Blade Runner 2049 était prévu, j’ai poussé mon cri de joie « HEUOUHEUOUHEUOU » (entendre un bruit de phoque / de Joey Starr au choix).

Après je me suis dit, « bon, calme ta joie » : c’est 30 ans plus tard, c’est Ryan Gosling – je l’ai trouvé très bon dans certains films, beaucoup moins dans d’autres et puis Harrison Ford c’est mon papy spirituel – c’est plus Vangelis et surtout c’est plus Ridley Scott ! Cela dit, même si je ne connais pas bien la filmographie de Denis Villeneuve (Premier Contact, apparemment très bon, toujours pas vu, mais aussi Sicario, Enemy…), je ne peux pas nier qu’il est vu comme l’un des meilleurs cinéastes actuelles pour beaucoup de cinéphiles. Et, soyons totalement honnête, on ne peut pas dire que je sois une cinéphile.

Ne vous attendez donc pas à de la graaaande critique cinématographiqueuuuh roulée sous la peau de mes ovaires. Ce n’est pas le bon endroit (go Le Monde). Je viens simplement vous donner mon petit point de vue d’enfant devenue adulte (ou presque) fan de Blade Runner, du film, du jeu vidéo, du livre de Philip K. Dick.

En route pour le cinoche j’étais à la fois intriguée et préparée à assister une fois de plus à une suite complétement ratée (à chaque fois que je vais voir un film en salle obscure ces derniers temps, je suis déçue, excepté pour Ça). Bah ouais, même si je n’ai pas l’âme d’une grande critique, les studios hollywoodiens m’ont plutôt habituée à de grosses déceptions côté suites et reboots ces derniers temps. Et là, quand on touche à ma petite madeleine de Proust, c’est d’autant plus frustrant. Verdict ?

Human after all

Ryan Gosling K. dans Blade Runner

« En 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par la bioingénierie. L’officier K est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Son seul espoir est de retrouver Rick Deckard, un ancien Blade Runner qui a disparu depuis des décennies… »

Nous voici donc plongés 30 ans après Blade Runner dans la peau de K aka Joe pour les intimes (Ryan Gosling). Tout comme Deckard, K est un Blade Runner à qui il reste encore quelques rebelles à éliminer. Sa nature n’est cependant pas gardée longtemps secrète : il s’agit d’un répliquant nouvelle génération, pour cette raison méprisé de ses collègues et voisins, « bouge de là sale gueule d’humain ». La solitude semble bien résumer sa vie. Quoique…

La première chose qui m’a frappée dans Blade Runner 2049, c’est que les frontières entre humains et répliquants sont bien plus brouillées que chez son prédecesseur. Ce futur que Denis Villeneuve nous fait voir semble beaucoup plus lointain, plus dystopique et moins réaliste que dans l’univers de Ridley Scott. En même temps, difficile pour moi de prendre du recul aujourd’hui, alors que je viens de remater Blade Runner qui était censé se dérouler en 2019 (soit dans 2 ans). Peut-être que dans 30 ans je me dirais « ah tiens je l’avais pas vu venir ce robot baby-sitter ».

« Plus humain que l’humain » telle était la devise de Tyrell Corporation. Il semblerait que celle-ci prenne tout son sens dans Blade Runner 2049. Les humains, enfin ce qu’il en reste, semblent dépourvus de sentiments alors même que les robots en débordent. Si bien qu’on tomberait presque dans le piège de Joi, conjointe virtuelle de K à qui l’on confierait le bon dieu sans confession. Divinement bien jouée par l’actrice Ana de Armas, Joi semble être la petite amie parfaite pour K . Ce qui donne d’ailleurs lieu à une scène sexuelle… originale on dira !

Les humains rêvent-ils de robots sexuels ?

Joi dans Blade Runner 2049

Les femmes robots, dont les hologrammes hantent les rues, ont de nombreux avantages : elle vous disent ce que vous avez envie d’entendre, vous pouvez les désactiver dès qu’elles parlent trop ou dès que vous recevez un appel professionnel. Hum ça fait rêver. Seules quelques minutes pour constater que la femme-objet est au centre de Blade Runner 2049. Mais finalement, quand on voit qu’aujourd’hui IRL les robots sexuels plus vrais que nature commencent tout juste à faire parler d’eux, on se dit que ça peut aller vite…Qui sait… Peut-être que comme dans la société que nous montre Villeneuve, en 2049 les humains se méfieront de leurs semblables et préféreront se fier aux robots. Le plus frappant dans le film, c’est que les interactions humaines sont délaissées au profit des interactions humain/vs robot. Partager sa vie sentimentale avec un robot est quelque chose de tout à fait normal et assumé. C’est ancré dans les moeurs, si bien que même nous, spectateurs, ne sommes pas choqués de la situation. C’est ce qui rend selon moi suite beaucoup plus dark et dérangeante.

Sans jamais tomber dans un discours manichéen, Villeneuve arrive à nous faire accepter ce nouveau monde avec ses nouveaux moeurs. On assiste presque résignés à la décrépitude d’un monde qu’on a connu 30 ans plus tôt, alors qu’il partait déjà bien en cacahuètes. Pour autant, il a le mérite de ne pas trop jouer avec notre attachement sentimental en proposant une expérience totalement différente mais fidèle à Blade Runner.

Harrison Ford dans Blade Runner 2049

L’apparition courte mais intense d’Harrison Ford en troisième partie ainsi que les quelques clins d’oeil à son prédécesseur viennent, heureusement, apporter un peu de légèreté à Blade Runner 2049. Certes, Deckard n’intervient qu’à la troisième partie du film, mais tout juste assez pour réveiller les plus nostalgiques à l’aide de répliques ironiques propres au caractère du personnage. Et surtout, on est content de voir qu’il n’a pas perdu son endurance. Mention spéciale pour une scène de combat Deckard/vs K bien fun sur fond d’Elvis Presley.

Par contre, je vous arrête tout de suite : on ne vous dira toujours pas clairement s’il s’agit d’un répliquant ou d’un humain. Et heureusement ! Car, même si on connaît bien le point de vue de Ridley Scott depuis Blade Runner (suivez la licorne…), il serait inutile et irrespectueux de rouvrir ce débat insoluble pour lequel Harrison Ford et Ridley Scott n’ont jamais réussi à tomber d’accord. Même si le dirigeant de la société de fabrication de répliquants, Neander Wallace (Jared Leto) – finalement trop absent pour marquer les esprits – tentera d’influencer notre interprétation de l’histoire. Trouduc !

Wallace joué par Jared Leto dans Blade Runner 2049

Blade Runner 2049 surfe d’ailleurs un temps sur cette même position ambiguë qui a fait débattre nombre de fans. Le personnage principal est-il lui-même vraiment un réplicant ? Heureusement, le film ne tombe pas dans la facilité du scénario inversée de type « Oh mais en fait K découvre qu’il n’est pas réplicant mais humain » ! Réplicant ou non, K. est quelqu’un qui, comme vous et moi, a besoin de trouver un sens à sa vie. Et Ryan Gosling s’en sort finalement plutôt bien pour jouer ce rôle rempli de contradictions. Moi qui était assez perplexe par ce choix de casting, je trouve qu’il s’en sort plutôt bien. Même si, entre nous, je n’aurais jamais pu autant m’y attacher qu’au personnage de Deckard, et ce quelque soit le choix de l’acteur je pense. Blade Runner reste Blade Runner !

Si vous pouviez voir les choses que j’ai vu avec vos yeux

Blade Runner 2049 direction photographique

Visuellement, rien à redire, ce qui se passe devant nos yeux est complétement fou. Cela justifie d’ailleurs totalement le prix d’une place de cinéma. La beauté des images, les jeux de lumière, les panneaux publicitaires, le désert, les hologrammes sur fond de pluie… Le directeur de la photographie Roger Deakins pourraient bien avoir son tout premier oscar après nombre de nominations, et ça serait franchement bien mérité. C’est du plus bel effet, et surtout on a le temps d’admirer les décors sans se sentir submergé par un surplus de « regarde c’que j’sais faire » (après Valérian dernièrement ça m’a fait du bien).

Attention cependant : risque d’ennui pour les plus impatients ! Pas de Rihanna, pas d’échange de balles et de scènes de cascades incessantes, pas de fioritures.. C’est du contemplatif et ça tombe bien car les effets spéciaux sont d’une qualité époustouflante. Je n’ose imaginer ce que le film donne en 3D (curieuse d’avoir vos avis). Bref, comme je l’ai dit au Geek qui s’est malheureusement un peu ennuyé, on ne vient pas voir Blade Runner pour la testostérone, on vient pour les émotions. Et pour ma part, elles étaient bien là ! Entre nous, j’ai même retenu mes larmes sur la fin.

Un grand absent s’est néanmoins fait ressentir à mon plus grand regret : Vangelis. Sa musique aux notes mélancoliques si propres au compositeur m’a énormément manquée. Loin de moi l’idée de critiquer le travail de Hans Zimmer, oulah non. La bande-son apporte un petit plus, elle se laisse écouter mais elle ne remplace pas Vangelis qui épousait selon moi parfaitement l’ambiance du film. Bref, de ce côté, j’ai eu du mal à passer outre.

Dimanche dernier, une chaîne hertzienne diffusait Blade Runner. Je venais de le revoir pour la éniéme fois et préférais donc lire mon petit livre dans mon coin, Le Geek scotchait devant dans le salon, et, depuis la pièce voisine, la bande-son du film me foutait la chair de poule et la larme à l’oeil. Le moindre passage de Vangelis me replonge directement dans la mélancolie de la scène sans avoir besoin des images pour me souvenir. Je ne suis pas certaine que la bande-son de Hans Zimmer aura le même effet chez moi d’ici quelques années. C’est ce petit plus qui aurait pu énormément jouer sur cette ambiance que je n’ai pas tout à fait réussi à retrouver. Quand bien même cette suite a été aussi bien scénaristiquement que visuellement à la hauteur de mes attentes !

Blade Runner 2049

Denis Villeneuve a été très fort : il a réussi à me faire oublier ma crainte des 5 premières minutes de films. Celle de ne pas retrouver mon Blade Runner (et de taper une crise de mélancolie aiguë de vieille peau en mode « c’était mieux avant »). Je ne l’ai pas retrouvé, certes, mais je suis passée outre sans me forcer. Pendant ces 2h43, j’ai réussi à mettre de coté le souvenir indélébile que ce film m’a laissé pour être prête à recevoir ce que sa suite voulait me dire.

Je n’ai à aucun moment eu besoin de regarder l’heure et je ne me suis jamais sentie lésée en tant que « fan ». Bien au contraire : il a réussi à proposer sa propre interprétation, à aller là où je ne l’attendais pas, à proposer quelque chose de nouveau sans jamais donner l’impression de renier son prédécesseur. Et c’était là toute la difficulté !

J’vous laisse, je vais matter Premier Contact !

C’est cadeau !

Le Saviez-vous ? Comme 30 ans se passent entre l’intrigue de Blade Runner et Blade Runner 2049, Denis Villeneuve a eu la bonne idée de demander à trois réalisateurs différents de proposer un court-métrage plaçant l’histoire entre ces deux périodes. Ils ne changeront probablement pas votre interprétation du film mais valent tout de même largement le détour et je n’en avais personnellement pas du tout entendu parler avant la sortie du film.

Pour ceux qui seraient dans mon cas, voici les vidéos en accès libre sur Youtube :

Premier réalisé, par Luke Scott. Il suit Niander Wallace et présente un nouveau réplicant :

Second réalisé, toujours par Luke Scott. Il suit Sapper Morton :

Enfin le 3ème, un très bel animé cette fois-ci, réalisé par Shinichirō Watanabe présentant un réplicant nommé Iggy :

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1 Comment

  • La première image est l’oeil du Héro qui s’ouvre. Exactement, le même principe que dans Alien Covenant, à ceci près est que David était plus un anti-héro qu’autre chose. Cependant, tous 2 sont des Androïdes.
    Dès le début du film nous sentons que Ridley commande le fond du film et qu’il n’a laissé que la forme à Villeneuve.
    Pourtant, c’est une réussite sur les 2 tableaux.
    En effet, sous des airs de polar SF atmosphérique avec une intrigue tout au plus correct, se cache l’oeuvre d’un Ridley Scott en plein questionnement sur l’humanité. C’est pourquoi sera clairement traité dans l’oeuvre une réflexion sur l’Amour, la Création, l’IA, l’Art et la Religion. En gros…Strictement les mêmes sujets de fond qu’Alien Covenant..La similitude ne s’arrêtant pas la car l’humanité a encore une fois, flingué la planète, et est en majorité obligée de vivre dans des colonies en dehors de la terre.
    L’ambiance est celle des mornes plaines, d’un règne des Hommes passé, du monochrome et des natures mortes.
    Pour les connections directes avec Covenant, outre ce fameux Oeil, il y a en premier lieu le passage avec des statues de simili-Ingénieurs enfermées dans du verre que l’ont voit au même moment où la secrétaire de Wallace raconte que l’Humanité c’est installée dans des colonies en dehors de la Terre.
    Ensuite, la connection avec Ozymandias de PB Shelley quand le héro va chercher Deckard et marche seul dans le désert, avant de se trouver face à face avec une tête de statue à moitié cassé, puis, finir plus loin entre les jambes tronquées par la caméra d’une statue féminine.
    Pour le reste les liens ne se font réellement que sur le fond des sujets traités par les 2 films.
    Cependant, la quête de Wallace à retrouver l’enfant Replicant, cache grossièrement son désir de ressembler à ses créateurs, en voulant absolument obtenir le secret de la création en copiant le système de reproduction humain. Plus loin que cela, on ressent une détresse énorme des Androïdes dans leur incapacité à trouver l’Amour. Que ça soit celui d’un Père, d’une Mère, d’un Enfant, ou celui du Couple.
    Wallace comme David de Covenant est frustré de ne pouvoir ni se reproduire, ni aimer et être aimer. Il se contente simplement de recréer ce qui lui est accessible en tant que Robot évolué, donc créer des machines sans âmes qui ne peuvent au mieux que simuler des émotions. Seul les anciens modèles, donc les Replicants semblent en avoir le secret et ont été mis à mort par les Hommes pour cela.
    « Ô vous les puissants, Contemplez mes oeuvres et soyez en affligé » dirait David, et le passage dans le désert n’est pas anodin à ce propos..
    On y trouve aussi un puissant message de la création au sens divin, car si Wallace ne peut recréer son créateur, il n’hésite pas à paraphraser la Bible en tentant clairement de se positionner en Dieu tout puissant dominant les Hommes et les Machines. Comme David, il y a un désespoir de ne pouvoir qu’entrevoir ce qu’est que d’être humain et de ne pouvoir créer et procréer.
    Si on devait tirer une conclusion du message sur la Création de Blade Runner et de Covenant, il est clair que l’auteur la voit comme l’échappatoire absolu face à la mort.. Qu’elle serve la reproduction de l’espèce, l’élaboration de technologies divers ou d’une oeuvre d’art, elle seule assure l’immortalité face à l’angoisse du néant et permet de projeter une partie de soi au delà de son temps de vie biologique.
    On pourrait même y constater le peu de trace de sympathie envers l’Homme que Ridley laisse entrevoir, qui fait comparer une oeuvre d’art à l’Homme. Mais ici et maintenant, l’art est devenu mauvais…
    Plus loin, c’est aussi à se demander si R.S. défie Freud qui soutenait que la Libido s’opposait principalement à la pulsion de mort, en lui répondant que ce n’est pas celle-ci qui contrecarre cette angoisse du néant, mais bien l’espoir de pouvoir pro-créer/créer.. Ne plaçant de ce fait la Libido qu’en simple vecteur de la Création. Le scénariste veut subtilement nous montrer que seule la Création nous donne accès à l’immortalité en s’opposant à la pulsion de mort.
    Au plus haut degré, la Création est détenu par les Dieux, d’où la volonté de Wallace et David de s’approprier et s’identifier à ceux-ci, car tout comme eux, la technologie a fait d’eux des éternels. Malgré tout, ils ne peuvent donner la vie autrement que par la création technologique et artistique. Il y a un paradoxe net qui se crée chez ces robots car si la Création sert de frein aux pulsions d’anéantissements, eux qui sont éternels (ou presque), n’ont dans l’absolu plus besoin de créer. Et pourtant..On retrouve ici une image du concept de sublimation des instincts qui est depuis fort longtemps considéré comme source de la création artistique chez l’Homme.
    Par ce message Scott, s’identifie un peu à ces 2 Droïdes à la folie créatrice sans limites, mais surtout invente une nouvelle mythologie plaçant l’Artiste absolu à l’égal de Dieux et faisant de Dieux un Artiste.
    La cité de Blade Runner est Los Angeles et tous les bâtiments sont rectilignes, il y a des symétries et lignes droites partout, aucune folie n’est présente dans ce New Angeles de 2049. Tout cela est clairement à l’image d’un système de pensée masculine où la rectitude règne en maître. Seul quelques hologrammes de femmes, au mieux, et des prostitués, au pire, sont présents anecdotiquement pour garder une trace de cette féminité manquante à l’équilibre de l’humanité.
    Nous retrouverons seulement les traces de cette fusion du masculin et du féminin dans l’architecture et les décors, au début du film, dans la maison du Replicant et à la fin chez Deckard avec nombre d’objets d’art présents à l’écran. Seulement on sent bien que ces endroits appartiennent au passé. Il y a comme dans Covenant un côté nihiliste très prononcé. L’Homme a détruit sa planète et son âme, et son salut semble ne pouvoir résider que dans l’anomalie d’une technologie qui peut-être les remplacera (les Replicants). Pourtant celui ci ne tient pas à se faire remplacer et comme les Ingénieurs, ils chercheront donc à détruire leur création trop similaire et humainement/technologiquement supérieure au modèle d’origine. Affront du fils envers le père. C’est un peu l’histoire d’un Oedipe avorté où la mère n’est plus de la partie.
    Au sujet de la référence à Ozymandias quand le Héro arrive dans le désert, nous voyons en premier lieu une statue de femme géante sur fond de pyramide et temple égyptien avec des statues de leurs divinités. Puis, quand le héro avance dans cette sorte de reprise visuel du sonnet de Shelley faite de statues de femmes géantes au corps nues et poses difformes pour finir face à des ruches d’abeilles, nous nous devons de nous poser la question du pourquoi.
    Pour ma part, je pense que c’est très clair, comme dans Covenant, Mister Scott se sert de ce poème pour pointer du doigt les courants dictatoriaux majeurs de la civilisation moderne. Si dans Alien c’était la religion et plus particulièrement le Judaïsme qui en prenait dans les dents, dans BD 2049 c’est bel et bien le côté obscur du féminisme qui est pointé du doigt.
    En effet, les statues des femmes à l’image de leurs homologues égyptiennes nous renseigne sur le fait que la civilisation antérieur avait divinisé la Femme ou du moins son apparat.
    Rappel : Ozymandias PB Shelley
    J’ai rencontré un voyageur venu d’une terre antique
    Qui m’a dit : « Deux immenses jambes de pierre dépourvues de buste
    Se dressent dans le désert. Près d’elles, sur le sable,
    À moitié enfoui, gît un visage brisé dont le sourcil froncé,
    La lèvre plissée et le sourire de froide autorité
    Disent que son sculpteur sut lire les passions
    Qui, gravées sur ces objets sans vie, survivent encore
    À la main qui les imita et au cœur qui les nourrit.
    Et sur le piédestal il y a ces mots :
    « Mon nom est Ozymandias, Roi des Rois.
    Voyez mon œuvre, vous puissants, et désespérez ! »
    À côté, rien ne demeure. Autour des ruines
    De cette colossale épave, infinis et nus,
    Les sables monotones et solitaires s’étendent au loin. »
    Ici les visages sont inexpressifs au possible, seul le corps de ces statues de femmes semblent vivant de part le jeu des positions de nu alambiqué. Cette société passé vénérait donc, non pas la femme, en tant qu’âme mais bien son apparat uniquement. L’allégorie de la ruche, système matriarcale par excellence, confirme le « diagnostique » sur le fait que Ridley veut nous dire que la société précédente est tombée car elle remplaça Dieu par le côté purement utilitaire de la femme du point de vue de la sexualité. C’est un peu le pique de l’auteur vis à vis des dérives du côté obscur du féminisme qui ronge notre société dite moderne..Un féminisme hyper sexué encore trop dépendant du regard de l’homme..(cf les talons aiguilles, symbôle de la toute puissance de la femme..dépendante du pénis)
    On peut finalement constater que cette ancienne L.A. « Cité des Anges » était soumise à des divinités castratrices. Ce qui a engendré par effet rebond une société hyper-masculine qui a fini par marginaliser tout ce qui touche à la féminité sans trier le bon grain de l’ivraie. Nous le remarquons tant dans la mise en avant des prostitués que des hologrammes de Joy. D’ailleurs le dernier hologramme qui parle au héro prête à Joy les yeux d’un démon et le tente par ses artifices après qu’il se soit libéré de son 1er modèle et surtout libéré de lui-même…
    Malgré cette critique acerbe de la dérive féministe, le message n’est pas négatif bien au contraire. Le scénariste tient juste à remettre la hutte à sacrifice au centre du village.
    Et c’est grâce au miracle de l’Amour que la féminité réelle sera retrouver, celle-la même qui fît naitre la fille de Deckard obligée de vivre dans une prison dorée, isolée de ce monde désenchanté. Soi-disante malade, on comprend facilement qu’à elle seule, elle est porteuse de tout ce qui reste de la vraie féminité nécessaire à la fusion du principe masculin et féminin qui sera nécessaire au salut de cette humanité « augmentée ou non ». Mais l’air de son temps ne peut tolérer cette féminité et elle est donc obligée d’en être séparée pour le moment.
    Concernant sa naissance miraculeuse, n’aviez-vous pas fait le lien avec Jésus? Marie ne devait et ne pouvait pas être enceinte..Et pourtant..Nous ne voyons plus les étoiles et la Lune dans Blade Runner, le ciel semble avoir abandonné les Hommes qui eux mêmes l’ont abandonné pour des fausses divinités. Wallace en arrive même à s’autoproclamer en tant que tel, pourtant aveugle et ne devant sa vision qu’à la technologie des Hommes dont il est aussi issu.
    Il y a une conséquence lourde pour l’humanité à avoir voulu s’approprier le pouvoir divin de la création sexué. L’usage strictement utilitaire du corps des femmes qui sera suivi par l’appropriation de la création divine par la technologie a fini par faire fuir toute trace du divin. Le prix a payé en est la perte d’âme de l’humanité comme le montre Villeneuve par bien des aspects.
    Heureusement, le sauvetage de cette humanité en détresse est annoncé au début du film quand le Héro fait face à l’arbre mort « de la connaissance ». Il trouvera une fleur colorée pourtant sans racines, symbole de vie hors contexte naturel standard, qui volontairement choque dans ce paysage de nature morte. Celle-ci le guidera vers les (et ses) racines mortes où il découvrira l’indice qui l’emmènera au cheval et aux os de cette Marie 2.0. Le côté sacré du squelette est mis en évidence par le fait que ses os ont été lavé comme ont le fait avec ceux des Saints et à l’image d’une relique religieuse.
    Que les féministes se rassurent donc, ça fini bien pour la Femme car le concept de la femme réelle et de la féminité authentique est sauvé par un Jésus.. au féminin!
    Ridley Scott fait encore et toujours très fort avec son usage de la symbolique où il arrive en mêlant images, mots et musique à raconter plusieurs histoires en même temps. Avec ce film, il transpose une partie de la Bible dans un futur proche et crée comme dans Covenant une nouvelle mythologie.
    Pour le Héro, il sera principalement présent pour soulever la problématique de l’amour et de l’IA. Ainsi il connaitra les problèmes de l’amour avec un hologramme, qui n’est principalement que le reflet de sa volonté et de son anima. Et nous comprendrons plus tard qu’il ne connaitra que le vrai amour avec une autre Replicant ou Humaine (le doute est volontairement laissé) quand il perdra son amour virtuel et se délaissera des illusions de la volonté et de l’ego.
    On retrouve, à ce sujet, le côté égoïste et surtout nihiliste sur l’existence humaine qui nous dit que l’autre n’existe pas, que ce n’est qu’illusion et support à nos besoins primaires. Ainsi, son histoire d’amour avec son IA holographique est basé entièrement la-dessus, elle n’est que projection de ses désirs..La société encourageant cela en faisant de ce travers un business..
    Plus encore, c’est son désir de trouver une famille, un Père, une Mère qui le fera persévérer outre la raison dans sa quête.
    Et enfin, la question sur la conscience, l’âme via les souvenirs, qui sommes nous, qu’est-ce qui fait de nous ce que nous sommes, l’authenticité… Ici, un souvenir implanté active l’affect du héro, pourtant ça n’est pas le sien, mais ce souvenir est réel, et donc sa réalité apporte l’authenticité de l’existence propre à l’être humain dans son esprit de robot. L’auteur semble soutenir que les souvenirs réels font notre personnalité futur contrairement à des souvenirs programmés. la conscience est pour R. Scott lié à la qualité des souvenirs et la capacité à les intégrer.
    Sieur Scott pousse ici le débat sur l’IA vers une direction de la conscience lié à l’affect et la création.
    Le cheval étant le véhicule de par sa symbolique qui le fera passé de « l’autre côté » et se trouver lui-même en trouvant la fille de Deckard.
    Pour la surface du film, rien à dire si vous acceptez le rythme lent et atmosphérique. La musique et les images sont d’une qualité exceptionnelle et la cohérence de l’intrigue est à la hauteur d’un bon polar SF. De plus, c »est aussi une excellente suite de Blade Runner premier du nom.
    Maintenant, comme ce film est lié sur le fond à Alien Covenant, je dirai que ces films sont indissociables pour en comprendre toute l’essence. Car si sur la forme, il faudrait logiquement regarder les 2 Blade Runner à la suite, il faudra surtout sur le fond se plonger dans Covenant et ce film pour cerner l’immensité de l’oeuvre de Ridley Scott. Villeneuve n’est que le messager de quelque chose de plus grand et je vous invite à lire mon analyse de Covenant afin d’y voir plus clair.
    Dans tous les cas, nous avons affaire ici à un chef d’oeuvre dystopique de très haut-niveau, à ne surtout pas manquer tellement cela se fait rare..

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